Une substantielle biographie d’Adolf Hitler

Hitler, John Toland, Paris, Perrin, « Coll. Tempus », 2012

Si la biographie d’Adolf Hitler (Flammarion, 1999-2000) signée par Ian Kershaw constitue désormais la référence incontournable, celle de John Toland parue en anglais en 1976, puis traduite en français deux ans plus tard avant d’être aujourd’hui disponible en format poche est aussi digne d’intérêt.  

D’abord parce que l’auteur a récolté plus de 250 entrevues auprès d’individus qui ont côtoyé et connu le dictateur : ses aides de camp, ses secrétaires, son chauffeur, son pilote, ses médecins, ses architectes préférés, dont Albert Speer, ainsi que de hauts chefs militaires dont Manstein et   Dönitz. Les entretiens ont été enregistrés, technologie de l’époque oblige, sur des bandes magnétiques conservées à la Bibliothèque du Congrès.

Ensuite parce que l’auteur a utilisé avec un constant soucis d’objectivité des études, des rapports, des dossiers de l’US Army Counter-Intelligence Command et une foule de documents qui n’avaient pas encore été explorés en 1976, soit trente ans après la mort d’Adolf Hitler.

Le travail de Toland s’avère substantiel : deux tomes, plus de 1500 pages, pour raconter dans le détail la jeunesse désœuvrée du Führer, son ascension et l’établissement de la dictature du IIIe Reich. Puis, la guerre, les victoires sur la Pologne, la France et l’URSS, les défaites et le suicide du dictateur. « Mon livre ne défend aucune thèse, et c’est à mesure que je l’écrivais que je suis parvenu aux conclusions que l’on pourra y trouver, la plus significative étant peut-être que Hitler était bien plus complexe et contradictoire que je l’avais imaginé. […] Jusqu’au bout, obsédé par son rêve de purifier l’Europe des juifs, il est demeuré un chevalier de la croix gammée, un archange déchu, un mélange de Prométhée et de Lucifer« .

Dans sa recension parue dans Le Monde diplomatique en octobre 1978, Yves Florenne a écrit :  » Biographie totale, l’énorme ouvrage de John Toland, qui se lit pourtant d’un trait, étonne par l’ampleur de la recherche, la masse des documents et des témoignages exploités, tout comme il force l’estime par un effort d’objectivité d’autant plus méritoire que l’auteur a souffert dans sa vie personnelle du délire fanatique et meurtrier de son modèle, dont on peut d’ailleurs se demander si la notion fragile d’objectivité peut le concerner. »

 

Un étrange livre écrit par les services secrets soviétiques

Les Maréchaux soviétiques parlent, présenté par Laurent Henninger, Paris, Perrin, « coll. Tempus », 2013

Publié pour la première fois en 1950 et présenté comme le témoignage authentique d’un colonel russe, nous savons aujourd’hui que le livre Les Maréchaux soviétiques parlent a en partie été écrit après-guerre par les services secrets soviétiques dans une subtile opération de communication à l’attention de l’Occident.

Laurent Henniger présente le contexte de la publication originale : « […] la guerre froide a commencé: le procès Kravchenko s’est tenu en France l’année précédente et l’image de l’Union soviétique ne s’en est pas sortie grandie. Surtout, les dirigeants soviétiques sont à l’époque pétrifiés devant la menace nucléaire américaine […]. Bien entendu, cette « communication » est soigneusement agencée. Staline, tout en étant présenté comme un tyran sévère, en ressort au final, comme un brave homme, rustaud, brutal, mais paternel […] Beaucoup de maréchaux et de généraux sont donc là, y compris Tcherniakovsky le Juif […]. En revanche, Bagramian l’Arménien n’y est pas. Rokossovsky est présenté comme un aristocrate raffiné et humaniste […]« .

Dans l’esprit du classique Les Généraux allemands parlent de Liddell Hart, « ce petit ouvrage fascinant, tant pour ce qu’il dit que pour ce qu’il ne dit pas, pour ses vérités comme pour ses mensonges, offre une plongée au coeur de la machine de guerre soviétique par ses acteurs de premier plan« . Un outil précieux pour qui souhaite étudier la « Grande Guerre patriotique » et pour comprendre la Seconde Guerre mondiale du point de vue soviétique.

 

Polar et char d’assaut!

Le Cercueil rouge, Sam Eastland, traduit de l’anglais par David Fauquemberg, Paris, Pocket, 2012

1939. Face à la menace de l’Allemagne nazie, Staline a placé beaucoup d’espoir dans la production du char F-34, un monstre d’acier surnommé le « cercueil rouge » par les hommes appelés à le manoeuvrer sur les champs de bataille.

L’arme secrète n’est pas encore tout à fait opérationnelle quand son excentrique inventeur, le colonel Nagorski, est retrouvé assassiné. Staline confie l’enquête à Pekkala, son meilleur détective dont on peut aussi lire les enquêtes dans L’Oeil du Tsar rouge. Ancien policier favori du tsar, victime de la fracassante transformation de la Russie après la révolution de 1917, il fut un proche de Nicolas II avant d’être envoyé au goulag par les bolcheviks, Pekkala doit reprendre du service en faveur de l’homme qui a autrefois été son pire ennemi.

La Guilde blanche, un groupe d’anciens militaires tsaristes, semble avoir commandité le meurtre de Nagorski. Pekkala doit traquer ses anciens alliés pour contribuer à propulser la Russie dans le conflit contre l’Allemagne. Intéressant.  

 

Sébastien Vincent

Sébastien Vincent

Enseignant, historien et conférencier. Fondateur et éditeur du site "Le Québec et les guerres mondiales". Ses travaux portent sur le Canada, le Québec et la Seconde Guerre mondiale. Collaborateur au journal Le Devoir, il a publié Ils ont écrit la guerre (2010, Vlb éditeur) et Laissés dans l'ombre. Les Québécois engagés volontaires de la guerre 39-45 (2004, Vlb éditeur, finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général, 2005).
Sébastien Vincent

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