À placer sous le sapin : de grandes synthèses

Sébastien Vincent

En ce temps de l’année propice aux réjouissances, le site Le Québec et les guerres mondiales propose quelques suggestions de livres à offrir aux amateurs d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Voici la première de trois parties.

1. De grandes synthèses

La Seconde Guerre mondiale, Antony Beevor, Paris, Calmann-Lévy, 2012

 

De par sa dimension véritablement planétaire, la Seconde Guerre mondiale, le plus grand conflit de l’histoire par ses destructions, le nombre de ses victimes et les bouleversements provoqués dans l’ordonnancement du monde, a dominé le paysage mental de plusieurs générations d’êtres humains. Malgré l’extraordinaire profusion de livres, de films et de documentaires sur le sujet depuis presque soixante-dix ans, notre connaissance du conflit reste fragmentaire et souvent déformée par le prisme de l’« histoire officielle » propre à chaque nation.

Antony Beevor, en déployant l’exceptionnel talent de conteur qui a fait de Stalingrad, de La Chute de Berlin et de D-Day des best-sellers internationaux, réunit ici les éléments disparates de la petite histoire pour composer la mosaïque de la Grande Histoire telle qu’elle ne nous est jamais apparue, chaque élément prenant la place qui lui revient réellement. Sur la base de documents anciens comme d’archives inédites, avec le style limpide et la compassion qui le caractérisent, Antony Beevor nous emmène de l’Atlantique Nord au Pacifique Sud, de la steppe sibérienne au désert de Lybie, de la jungle birmane à Berlin sous les bombes, des lambris dorés des chancelleries à Leningrad assiégé, sans rien nous épargner des horreurs de la guerre, qu’il s’agisse des Einsatzgruppen à l’arrière du front de l’Est, des prisonniers du goulag enrôlés de force dans des bataillons-suicides, ou des exactions sadiques perpétrées par l’armée impériale japonaise en Chine.

En peignant cette fresque aux proportions proprement héroïques, Antony Beevor ne perd jamais de vue le destin individuel des militaires et des civils dont les vies furent broyées par les forces titanesques déchaînées par ce conflit, le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. Incontournable.

 

Le Grand tournant, Paul Kennedy, Paris, Perrin, 2012,

 

Le nouveau livre, très attendu, de Paul Kennedy sur la Seconde Guerre mondiale. Une approche inédite du conflit. La Seconde Guerre mondiale fut gagnée par les Alliés entre la conférence de Casablanca de janvier 1943 et la libération de Paris en août 1944. Mais ce succès ne fut pas obtenu par la simple application des idées de Roosevelt et de Churchill. Il nécessita des mois d’expérimentation d’une stratégie de défaite de l’Axe.

Pour l’expliquer, Paul Kennedy raconte et analyse cinq grandes campagnes, qui sont autant de moments clés sur le chemin de la victoire : la bataille d’Angleterre ou les enjeux de la suprématie aérienne ; celle de l’Atlantique ou la question de la domination sous-marine ; les combats d’Afrique du Nord et du front de l’Est ou comment la Blitzkrieg fut contrée ; le débarquement de Normandie ou la complexité des opérations amphibies ; la guerre du Pacifique, enfin, ou l’étude des contraintes posées par la « tyrannie de la distance ».

Au coeur du récit se trouvent les « hommes de l’ombre », ces membres des corps intermédiaires oubliés de l’histoire ? capitaines du génie, Seabees, ingénieurs civils et militaires. Car rien ne pouvait être fait par les seuls chefs ou les seuls soldats, marins et aviateurs, quels que furent leur talent et leur sacrifice.

En éclairant les cinq moments décisifs du conflit, en questionnant le rôle des « cultures de l’encouragement » et de l’innovation, en reliant entre elles les histoires individuelles de
ces acteurs charnières, Paul Kennedy découvre plusieurs données essentielles qui manquaient à l’explication de la victoire des Alliés et renouvelle en profondeur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

La méthode fondée sur les « comment » constitue une habile et accessible réponse à la question des prises de décision et de résolution des problèmes en histoire. Fort intéressant.

Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale, Christian Destremau, Paris, Perrin, 2012

 

Le monde arabe a-t-il collaboré avec l’Axe ou fut-il un soutien des Alliés ? L’idéologie nazie a-t-elle trouvé des relais en Iran, en Palestine, en Irak ou en Égypte ? C’est à ces questions, et à bien d’autres, que répond la seule histoire du Moyen-Orient durant la Seconde Guerre mondiale.

Au crépuscule de son règne, Hitler regretta d’avoir négligé le Moyen-Orient : « Tout l’Islam vibrait aux nouvelle de nos victoires », déclarait-il alors. Mais l’idéologie nazie a-t-elle réellement trouvé des relais en Iran, en Palestine, en Irak ou en Égypte ? Le monde arabe a-t-il effectivement collaboré avec l’Axe ou fut-il un soutien des Alliés ?

Pour répondre à ces questions controversées, et à bien d ‘autres, Christian Destremau retrace ici les principales étapes de la Seconde Guerre mondiale au Moyen-Orient, tant du point de vue des belligérants européens que de celui, trop souvent négligé ou caricaturé, des pays de la région, de leurs élites et de leurs peuples. La guerre en Cyrénaïque, mais aussi la politique du Reich en Palestine, le coup d’Etat antibritannique en Irak, le rôle précis de l’Iran et des États-Unis ou la politique de Vichy en Syrie sont ainsi racontés pour la première fois.

En portant le regard sur ce théâtre d’opérations méconnu mais d’une importance capitale, notamment en raison des puits de pétrole et de la question de la Palestine, c’est toute la Seconde Guerre mondiale qui prend un nouveau relief. Pour comprendre un aspect méconnu du conflit.

De l’auteur du livre Ce que savait les Alliés.

 

Sébastien Vincent

Sébastien Vincent

Enseignant, historien et conférencier. Fondateur et éditeur du site "Le Québec et les guerres mondiales". Ses travaux portent sur le Canada, le Québec et la Seconde Guerre mondiale. Collaborateur au journal Le Devoir, il a publié Ils ont écrit la guerre (2010, Vlb éditeur) et Laissés dans l'ombre. Les Québécois engagés volontaires de la guerre 39-45 (2004, Vlb éditeur, finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général, 2005).
Sébastien Vincent

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