Malgré une vie active de plus de trente ans au sein des Forces canadiennes, le GMC M135CDN a jusqu’à tout récemment peu frappé l’imaginaire des collectionneurs de véhicules militaires du Canada.

Plusieurs raisons peuvent être évoquées, dont l’attrait indéniable pour les véhicules de la Seconde Guerre mondiale, mais on ne peut tenir à l’écart plus longtemps ce camion qui a marqué l’histoire militaire canadienne, tout comme celle des USA d’après-guerre d’ailleurs, et qui mérite son entrée au panthéon des véhicules militaires de collection.

La collection de véhicules militaires au Québec et dans le reste du Canada a connu plusieurs vagues successives de collectionneurs mais tous se sont butés à une réalité propre à notre pays; nous n’avons pas connu de près la Seconde Guerre mondiale. Cette réalité fait en sorte que les véhicules de cette époque ne sont pas légions si bien qu’on ne récupère, qu’en de très rares occasions, des épaves qui sont reconstruites à très grands frais.

photo M135

Le M135

Au début des années 50, les autorités de l’armée américaine et canadienne décidèrent de progressivement remplacer leurs flottes de véhicules militaires par des véhicules plus contemporains, communément appelés « M Series ».

Les jeeps M38, les M38A1, les Dodge M37 et les GMC des séries M135 et M211 firent alors leur apparition et furent construits sur la base de leurs prédécesseurs en tenant compte des leçons apprises lors de la Seconde Guerre mondiale.

Les versions canadiennes de ces véhicules ne se verront pas uniquement affublés du suffixe CDN comme il serait facile de le croire et se distingueront par des modifications mécaniques et structurales pour faire face aux conditions d’utilisations extrêmes propres au Canada. Ces modifications répondront également à d’autres considérations qui relèvent des préoccupations du gouvernement canadien de l’époque en matière de politique économique et de défense nationale.

photo M211

Le M211

Devant la plus grande abondance de ces véhicules d’après-guerre lors de leurs démobilisations successives à partir du début des années 70, les lecteurs européens comprendront aisément pourquoi les collectionneurs canadiens de véhicules militaires ne se confinent pas uniquement dans la collection de ceux de la Seconde Guerre mondiale.

Nous nous intéressons aujourd’hui à tous les véhicules qui ont marqué les différentes époques militaires canadiennes et sommes fiers de cette diversité qui nous distingue et qui est propre à notre personnalité de collectionneurs canadiens.

Le GMC M135CDN en bref

Le GMC M135CDN est un camion à six roues motrices de la classe des 2 ½ tonnes destiné généralement au transport de troupes et est le descendant direct du CCKW datant de la Seconde Guerre mondiale.

La bâche peut être installée en position basse comme sur la photo ou bien en position haute qui excède de 30 cm le toit de la cabine.

La bâche peut être installée en position basse comme sur la photo ou bien en position haute qui excède de 30 cm le toit de la cabine.

Connu sous l’appellation militaire G749, il a été construit entre 1952 et 1956 à Oshawa en Ontario par la General Motors of Canada Ltd et on le distingue de la version américaine M211 par plusieurs caractéristiques dont les roues à poses simples sur les ponts arrière.

Ce camion est doté d’un moteur à essence six cylindres en ligne de 302 pouces cubes qui porte sa puissance à 137 chevaux à 3 400 tours / minute. Il est également doté de composantes mécaniques améliorées dont une boite de vitesse automatique Hydra-Matic à deux niveaux pour les quatre rapports avant et celui arrière et les ponts sont de type Banjo hypoïde à simple réduction.

Le système de freinage est hydraulique assisté pneumatiquement par un hydrovac ainsi qu’un compresseur entraîné à même la poulie du vilebrequin moteur. Le système électrique est quant à lui en 24 volts et est blindé et scellé tout comme les autres véhicules militaires de type « M Series ».

Enfin, ce camion est doté de six roues à poses simples avec pneus 1 100 x 20 contrairement à son homologue américain M211 qui lui possède dix roues, comme les CCKW d’époque, avec toutefois des pneus 900 x 20.

La genèse de la passion

Lors de leurs démobilisations successives jusqu’en 1986, la majorité des M135CDN furent achetés par des entreprises et des individus qui œuvrent généralement dans le domaine agricole, forestier et de voirie.

À l’été 2004, son état laissait à désirer mais ce camion était un excellent candidat à la remise à neuf.

À l’été 2004, son état laissait à désirer mais ce camion était un excellent candidat à la remise à neuf.

La robustesse et les capacités en circulation tout terrain de ces camions ont eu l’heur de séduire ceux qui les ont acquis mais la difficulté grandissante à les entretenir a fait en sorte que, depuis maintenant une dizaine d’années, ils ont presque entièrement disparus du paysage canadien.

François Duval est aujourd’hui un des rares, voire l’unique collectionneur au Québec à posséder un GMC M135CDN entièrement restauré à son état d’origine. Il faut dire qu’il faut une certaine dose de courage pour s’aventurer dans une telle aventure de restauration car il faut de l’espace, les outils nécessaires et surtout une patience d’ange quand on sait qu’il y est allé avec peu ou pas de contacts, livres ou documentations sur ce modèle de camion.

Tout comme pour plusieurs d’entre-nous, la passion de François pour les véhicules militaires s’est révélée dès le début de son adolescence et tout spécifiquement lorsqu’il est allé voir au cinéma le premier film de la série « Rambo ». Il se rappelle parfaitement de la scène où le héros s’enfuie des montagnes à bord d’un GMC M135CDN et il avoue qu’encore aujourd’hui son sang se glace lorsque que John Rambo met le feu à ce camion afin de créer une diversion pour mieux s’enfuir. AAAAH! Ces collectionneurs de camions militaires, tous des durs au cœur tendre.

Une passion qui se confirme en 2002

Au fil des ans, François s’est acheté quelques GMC M135CDN en plus ou moins bon état mais il était encore loin de l’idée de remettre à neuf l’un de ceux là. En fait, il les destinait plutôt à ses opérations forestières et d’exploitations de son érablière, activités bien connues par nos amis européens qui viennent régulièrement nous visiter.

Tout est là mais il y a du travail à faire et exige une bonne dose de patience et d’huile de bras.

Tout est là mais il y a du travail à faire et exige une bonne dose de patience et d’huile de bras.

Ce n’est qu’en août 2002, alors qu’il était rendu à la fin de la trentaine, que le convoi de véhicules militaires  Merci Canada 2002 – Je me souviens se pointe pour un arrêt d’une nuit  à St-Jacques-de-Montcalm, ce petit village de la région de Lanaudière situé à environ 70 km au Nord-Est de la ville de Montréal.

À l’annonce de la présence de ce convoi près de chez-lui, il amène en catastrophe femme et enfants dans sa camionnette pour aller voir de visu ce groupe de collectionneurs venant d’Europe et circulant sur les routes du Québec et de l’Ontario pour remercier les vétérans canadiens de la Seconde Guerre mondiale. La vue de ces véhicules fut une révélation et lui confirma hors de tous doutes qu’il n’était pas seul à être atteint de cette passion pour la collection de véhicules militaires.

Le démontage a été effectué sur quelques semaines. Vous remarquerez que la cabine présente des similitudes avec celle du CCKW à cabine ouverte.

Le démontage a été effectué sur quelques semaines. Vous remarquerez que la cabine présente des similitudes avec celle du CCKW à cabine ouverte.

Il ne lui en fallu pas plus pour trouver le courage nécessaire afin de reconstruire le meilleur GMC de son cheptel mais, là encore, lui fallait-il trouver un espace et des équipements appropriés car on ne soulève pas un moteur, une boîte de vitesses ou bien des ponts d’un tel camion à cul plat au sol avec la seule force de ses bras. Qu’à cela ne tienne, il décide alors de se construire un garage à même l’atelier de travail de l’entreprise familiale de construction et entreprend la remise complète à niveau de son premier véhicule militaire de collection.

De l’aveu même de sa conjointe Diane et de ses trois enfants, François est devenu à ce moment là complètement obsédé par la reconstruction de son camion et, bien que nous ne le connaissions pas à cette époque, nous sommes convaincus qu’il devait être atteint du « Thousand Yards Stare », cet état mental caractéristique des soldats ayant connus les affres du combat. Avec sa gueule de GI américain et du cambouis partout sur ses habits de travail, le look devait être particulièrement saisissant.

NDLR : La semaine prochaine, Guy Bordeleau nous présente en détails les éléments restaurés.

Guy Bordeleau

Ingénieur de profession et collectionneur de véhicules militaires antiques. Il s’intéresse à l’histoire de ces véhicules depuis plus de 30 ans. Depuis 1994, il s’intéresse également à l’histoire militaire canadienne et a dirigé quelques voyages en Europe pour amener des vétérans canadiens de la Seconde Guerre mondiale.
Guy Bordeleau

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