Pierre Vennat
Journaliste-historien

Quels sont les Européens, et même les Canadiens, qui savent que leur pays a déjà été l’objet d’un bombardement d’obus japonais?

Si encore aujourd’hui, plusieurs ignorent que des sous-marins allemands ont réussi à s’introduire dans les eaux québécoises du Saint-Laurent, à couler et causer la mort de centaines de marins au cours de la Seconde Guerre mondiale, ceux qui savent que des sous-marins japonais ont navigué en eaux canadiennes sur la côte du Pacifique sont peu nombreux.

Bien qu’oubliée, la date du 20 juin 1942 est une date importante dans l’histoire militaire canadienne. C’est en effet ce jour-là que le territoire canadien essuya, pour la première et la dernière fois, le feu de l’ennemi japonais lors de la Seconde Guerre mondiale.

Ce jour-là, en effet, un sous-marin japonais s’approcha assez près de l’île de Vancouver pour lancer 25 obus sur le phare d’Estevan Point, sans causer ni dommages sérieux ni blessure. Un obus qui n’avait pas éclaté resta sur place, à la plus grande joie des badauds et des photographes.

C’est un sous-marin comme celui-ci qui, en juin 1942, largua ses obus sur Estevan Point, sur l’île de Vancouver, à l’extrémité ouest du Canada.

Bien sûr, à côté de son engagement dans la guerre contre l’Allemagne, l’effort des Canadiens dans la guerre du Pacifique paraît fort limité. Il existe pourtant.

On se souvient que les premiers Canadiens à subir le feu de l’ennemi furent deux régiments cantonnés à Hong Kong. Le 7 décembre 1941, soit le jour de l’attaque japonaise contre Pearl Harbor et de l’entrée des États-Unis dans la guerre, ils furent attaqués et ils soutinrent le combat jusqu’au jour de Noël 1941, laissant des dizaines de morts sur les lieux tandis que les survivants s’en allaient en captivité, plusieurs pour n’en jamais revenir, dans les camps japonais jusqu’à l’automne 1945.

Nous passerons ici rapidement sur les centaines d’aviateurs canadiens qui ont servi à partir du Ceylan (Sri Lanka d’aujourd’hui) ou des Indes du temps (aujourd’hui Inde et Pakistan) notamment au-dessus de la Birmanie ainsi que des agents secrets canadiens (donc quelques Canadiens français) qui ont servi derrière les lignes en Malaisie et en Birmanie.

Avec l’entrée en guerre du Japon en décembre 1941, la côte ouest du Canada devenait plus vulnérable. Heureusement, les Canadiens pouvaient compter sur l’aide de la flotte américaine.

Des Canadiens à Kiska

La menace japonaise devenait sérieuse. Des sous-marins nippons furent souvent aperçus au large de la Californie tandis que deux îles de l’archipel des Aléoutiennes, Attu et Kiska, partie intégrante du territoire américain et de l’Alaska, furent occupées par les Japonais en octobre 1942. Ceux-ci y établirent une base de ravitaillement pour leurs sous-marins avec des effectifs de quelques milliers d’hommes, en plus de bombarder la base américaine la plus proche située à Dutch Harbor.

En mai 1943, les troupes américaines reprirent l’île d’Attu après deux mois de durs combats. Les États-Unis firent appel au Canada pour les aider dans la reconquête de Kiska. Les navires canadiens Prince David et Prince Robert avaient assuré un service de convoi et aidé les Américains à concentrer leurs troupes pour l’attaque contre Attu. La corvette canadienne Dawson prit part à un dernier voyage en Alaska en juillet 1943. Elle escorta un convoi de troupes pour l’attaque contre Kiska.

À Kiska, le Canada dépêcha une brigade, d’ailleurs commandée un temps par intérim par le héros de Dieppe, Dollard Ménard, ancien commandant des Fusiliers Mont-Royal. À Kiska, il commandait le Régiment de Hull. Toutefois, lorsque les troupes alliées débarquèrent dans l’île, ils n’y trouvèrent que des baraquements abandonnés, quelques sous-marins de poche, mais aucun militaire japonais. Ces derniers avaient quitté l’île une semaine plus tôt en profitant du brouillard. Ce fut d’ailleurs la seule île du Pacifique abandonnée sans combattre par les Japonais durant tout le conflit.

Si les troupes canado-américaines n’eurent pas à combattre, quelques dizaines de soldats moururent de froid ou en sautant sur des mines que les Japonais avaient laissées sur le terrain pendant les six mois d’occupation de l’île.

Jusqu’à la victoire en Europe en mai 1945, la marine canadienne consacra ses efforts à la lutte dans l’Atlantique. Mais une fois l’Allemagne vaincue, l’attention de la marine canadienne se porta sur le Pacifique. Le Canada s’apprêtait à envoyer 60 navires avec un équipage de 13 500 hommes pour donner le coup de grâce au Japonais.

Mais les événements furent précipités par le largage de deux bombes atomiques sur le sol japonais, ce qui mit fin au conflit dans cette région du globe. Il n’était plus nécessaire d’envahir le sol japonais. Un seul navire, le croiseur Ouganda, prit une part active aux opérations.

Pour en savoir plus :

Sites internet de la Marine canadienne, de la Garde côtière canadienne et du Musée canadien de la guerre.

Encyclopédie Wikipedia.

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat