Général Jean Victor Allard (1913-1996)

Par Sébastien Vincent
Texte inédit

Nous disions dans un précédent article, que « le pourcentage des généraux et officiers supérieurs francophones (lieutenant-colonel et plus) de l’armée de terre s’élèvait tout au plus à 8.1% au moment de la démobilisation, soit la proportion enregistrée dans la Milice avant la guerre ».

Voici le portrait d’un haut gradé canadien-français.

En 1933, Jean Victor Allard devient sous-lieutenant de milice active non permanente au sein du Régiment de Trois-Rivières (le futur 12e Régiment blindé du Canada), puis il est promu capitaine.

Enrôlé volontaire en 1939, Jean V. Allard voit sa carrière militaire prendre son envol pendant la Seconde Guerre mondiale. Lorsque le Régiment de Trois-Rivières est appelé à devenir une unité blindée anglophone, il demande son transfert à l’infanterie et œuvre au Collège d’état-major de l’armée canadienne à Kingston.

Il passe en Angleterre et devient, pour quelques semaines, le commandant en second du régiment de la Chaudière en août 1943. Il succède au major Paul Garneau en tant que commandant en second du R22eR à compter du 23 août. Le régiment se trouve alors en Sicile.

Promu au grade de lieutenant-colonel, il commande le R22eR entre janvier 1944 et janvier 1945, puis la 6e brigade d’infanterie de la deuxième division du corps d’infanterie canadien en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Il termine la guerre avec le grade de brigadier général, fait rare pour un Canadien français.

Il est attaché militaire à Moscou de 1945 à 1948, puis commandant de la 25e brigade d’infanterie en Corée. Il représente le Canada lors de la signature de l’armistice mettant fin au conflit.

De 1961 à 1963, il commande la 4e division de l’Armée britannique du Rhin, accomplissement exceptionnel pour un militaire canadien, toute langue confondue. De 1966 à 1969, il devient le premier Canadien français à occuper la fonction de Chef d’état-major de la défense du Canada. À ce titre, il doit réaliser l’unification de l’armée, de l’aviation et de la marine canadiennes malgré de fortes résistances internes. Il demande la garantie que sera formé un comité d’étude sur la place des francophones dans les forces armées et que sera assurée l’égalité des chances d’avancement de ces derniers au sein de la hiérarchie militaire.

On lui doit la désignation de Bagotville comme base aérienne francophone, l’instauration d’un destroyer comme unité navale francophone et l’établissement du Collège militaire royal de Saint-Jean. Il prend sa retraite des Forces en 1969.

Pour ses faits de guerre, le général Allard a reçu l’Ordre du service distingué à trois reprises, ce qui est extrêmement rare, la Croix de guerre et la Légion d’honneur de France, le Lion de Bronze des Pays-Bas. En plus d’être compagnon de l’Ordre du Canada et commandant de l’Ordre de l’Empire britannique, il a reçu des doctorats honoris causa de cinq universités canadiennes pour services rendus dans plusieurs milieux dont le milieu universitaire.

Le nom du mont du Général-Allard (640 m) situé sur la base militaire de Valcartier dans la région de Québec et celui du manège militaire de Trois-Rivières qui accueille le 12e Régiment blindé rappellent sa mémoire.

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Ceux qui veulent en savoir sur le général Jean-Victor Allard peuvent lire ses Mémoires, publiées en 1985 aux Éditions de Mortagne, en collaboration avec l’historien Serge Bernier (directeur de Direction-Histoire et Patrimoine de la Défense nationale du Canada). Un bouquin de 533 pages. (Pierre Vennat)

Sébastien Vincent

Sébastien Vincent

Enseignant, historien et conférencier. Fondateur et éditeur du site "Le Québec et les guerres mondiales". Ses travaux portent sur le Canada, le Québec et la Seconde Guerre mondiale. Collaborateur au journal Le Devoir, il a publié Ils ont écrit la guerre (2010, Vlb éditeur) et Laissés dans l'ombre. Les Québécois engagés volontaires de la guerre 39-45 (2004, Vlb éditeur, finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général, 2005).
Sébastien Vincent