Par Pierre Vennat
Texte inédit

Mutilé, décharné, après avoir été détenu et torturé par les Allemands pendant sept mois, le major Gustave Biéler avait tellement émerveillé les Allemands par son courage que lorsqu’ils le fusillèrent, en septembre 1944, les SS lui rendirent les derniers honneurs.

Gustave Biéler

Né en Suisse de parents français, Biélier immigra au Canada en 1924 et acquit la citoyenneté canadienne. Au moment de l’entrée du Canada en guerre en septembre 1939, il travaillait au service international de la compagnie d’assurances Sun Life. Lorsque le conflit éclata, il proposa ses services à l’armée canadienne, son frère servant comme officier dans l’armée française et plusieurs de ses parents habitant encore la France.

En 1941, Biéler, alors lieutenant au sein du Régiment de Maisonneuve, fut repéré par l’Intelligence Service britannique. Ancien élève du collège Stanislas de Paris, puis de la Sorbonne, ayant étudié la psychologie à Lausanne, en Suisse, les Britanniques avaient vite compris que sa place n’était pas à la tête d’un peloton d’infanterie.

Lorsque les services secrets britanniques voulurent retenir ses services, le lieutenant-colonel Redmond Roche, commandant du Régiment de Maisonneuve en Angleterre, s’y opposa. Il fallut l’intervention d’un officier supérieur du War Office pour lui faire comprendre l’importance de la mission qu’on voulait confier à Biéler.

Dés juillet 1942, Biéler fut parachuté en France, en territoire ennemi. Biéler se blessa sérieusement à l’épine dorsale en touchant le sol. Malgré des douleurs atroces, il ne se plaignit jamais de sa blessure et commença immédiatement sa mission qui consistait à organiser le mouvement de résistance en France, à recevoir des armes, les cacher, les distribuer sous le manteau, poster des hommes sûrs aux endroits stratégiques et chaque jour, sans bruit et sans gloire aussi, saboter lentement mais sûrement le système défensif ennemi.

C’est au cours d’une de ces opérations que Biéler fut capturé par les Allemands en février 1944. Deux mois durant, il fut torturé en la prison de Fresnes, mais jamais il ne parla ni ne livra le nom des agents qui travaillaient pour lui.

De guerre lasse, ses bourreaux le firent déporter dans un camp de prisonniers politiques en Allemagne où le major canadien trouva la force de s’évader avec seize de ses camarades. Mais il fut vite repris. Cette fois, son sort était scellé. Il devait vite être pendu.

Reconnaissant son courage, l’ennemi consentit à ce qu’il soit plutôt fusillé. Une garde d’honneur de SS lui rendit les honneurs avant qu’il ne tomba sous les balles.

Selon son ami le capitaine Gabriel Chartrand, lui aussi agent secret sur le sol de France, mais qui eut la chance de revenir vivant, Biéler lui aurait dit un jour : « J’irai devant la mort sans broncher, car je serai sans reproche et sans peur. Mon rôle est de servir, je servirai jusqu’à la fin. »

Pour ses actions, le major Biéler reçut à titre posthume l’Ordre du Service Distingué (DSO), la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre française et fut fait membre de l’Ordre de l’Empire Britannique (MBE).

La petite ville française de Fonsomme donna, en son souvenir, à l’une de ses rues le nom de « Rue du Commandant Guy », le pseudonyme sous lequel il était connu dans la Résistance.

Saint-Quentin et Morcourt firent de même et un lac de l’île de Baffin, dans le Grand Nord canadien, porte le nom de Biéler. Enfin, une maison d’anciens combattants de Montréal a été baptisée du nom de « Maison Biéler ».

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat