Par Pierre Vennat
Texte inédit

 

Les exploits d’Henri Benoit lui valurent tout un article avec sa photo dans le quotidien montréalais La Presse du 22 décembre 1944. On y signalait qu’Henri Benoit, un Québécois, n’aurait jamais soupçonné, un an auparavant, le rôle qu’il devait jouer dans l’invasion de la France.

En 1942, il menait, le soir, la vie calme d’un militaire de l’arrière, en tant que cadet membre du Corps École des Officiers Canadiens (COTC) de l’Université de Montréal. Le jour, il travaillait comme électricien pour le compte de la compagnie de tramways afin de payer les études universitaires qu’il menait en cours du soir.

Il s’enrôla quelques mois plus tard dans l’active, fit son cours d’officier à Brockville, puis fut nommé instructeur à Farnham.  Âgé de 35 ans, il croyait bien devoir demeuré là jusqu’à la fin de la guerre. Il reçut finalement l’ordre de partir outremer, non pas pour se joindre à l’infanterie, mais bien pour y suivre un cours de parachutiste. On le versa ensuite dans le service secret et on décida de l’envoyer en France préparer l’invasion.

Benoit fut parachuté dans la région de Lyon, mais devait travailler à Reims. Il avait comme seul compagnon un radiotélégraphiste sud-africain qui avait vécu 13 ans à Paris avant la guerre. Ses instructions étaient de ne pas s’attarder à organiser le maquis, tâche confiée à quelqu’un d’autre, mais plutôt de repérer et pointer des objectifs stratégiques pour que l’aviation alliée puisse les bombarder.

 

Le début de sa mission fut difficile et dangereux. En effet, Benoit ne savait pas à qui s’adresser à Reims où, selon ses instructions, il devait établir un réseau d’espionnage capable de découvrir où les Allemands cachaient leurs défenses avec énormément de soin. Il n’y connaissait personne, pas plus que la ville. Toutefois, il savait que la Gestapo y était très présente.

HenriBenoitAprès avoir trouvé une chambre, il entra dans un bar, discuta avec le patron, s’assura de son patriotisme, mais quand il lui offrit de travailler pour lui, celui-ci se rebiffa, le prenant pour un agent de la Gestapo. Ayant retrouvé son télégraphiste à 20 kilomètres de là, il réussit à lui faire confirmer son identité par la BBC et put enfin, après quelques jours, rassurer le tenancier du bistro. Celui-ci envoya sa femme à la campagne, ferma son bistro et consentit à suivre Benoit.

La Gestapo était très présente dans la région et s’était assurée, grâce à de l’argent et des menaces, la collaboration de plusieurs Français. Elle était sans pitié pour ceux trouvés coupables de participer à la Résistance. Chaque soir, Benoit, qui couchait dans un hôtel en face de la kommandatur, pouvait entendre les cris horribles d’hommes et femmes torturés par la Gestapo.

Après de nombreuses recherches menées en juillet 1944dans la région, Benoit découvrit à Rilly-la-Montagne, petit village situé à cinq kilomètres de Reims, la base d’où les Allemands lançaient leurs avions-robots V-1 qui semaient la terreur à Londres et d’autres villes britanniques. Les Allemands avaient creusé un tunnel de 13 kilomètres sous la montagne et y avaient enfoui ces fusées meurtrières. Ayant découvert le pot aux roses, Benoit s’empressa de télégraphier à Londres. Dès le lendemain, des avions alliés bombardèrent la montagne et finirent par détruire complètement le tunnel, le rendant ainsi inutilisable pour les dangereux V-1.

Benoit travaillait non seulement le jour à espionner ici et là, mais la nuit il se livrait à divers actes de sabotage avec un maquis de quelque 700 à 800 membres, notamment en bloquant des routes, faisant sauter des ponts, des poteaux de téléphone ou des entrepôts de munitions.

Pour couper les communications reliant Reims au quartier-général de Berlin, Benoit se procura de l’acide sulfurique sur le marché noir, trouva l’emplacement des fils, versa de l’acide sulfurique dessus et réussit à dissoudre le métal, interrompant ainsi les communications à quatre jours avant l’arrivée des troupes américaines dans la région, le 7 septembre.

Reconnu comme héros par les gens de Reims, Benoit se fit même offrir la mairie après l’arrestation du maire en place pour collaboration avec l’ennemi. Revenu au pays quelques mois plus tard, Benoit déclara qu’il aurait été prêt à repartir et recommencer.

Ses exploits lui valurent la Croix de Guerre avec palme de la part des Français, tandis que les Britanniques l’ont fait Membre de l’Ordre de l’Empire Britannique (MBE).

 

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat