Le Québec et les guerres mondiales

Histoire socio-militaire, politique, diplomatique et culturelle du Québec pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

La fondation du 22e Bataillon (canadien-français)

Pierre Vennat
Journaliste-historien

Extrait des notes d’un cours donné à l’automne 2010 pour le compte de l’Antenne de Joliette de l’Université du Troisième âge, une constituante de l’Université de Sherbrooke.

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Au Québec, pendant que les membres du premier contingent canadien destiné à combattre outremer s’entraînaient à Valcartier en attendant le grand départ, plusieurs personnages canadiens-français bien connus se mirent, dès 1914, à faire des représentations auprès des autorités militaires pour former un régiment composé exclusivement de Canadiens français.

Sir Wilfrid Laurier, chef de l’opposition libérale à Ottawa et ancien premier ministre fédéral, Rodolphe Lemieux, un de ses députés et lui-même ancien ministre, ainsi que les principaux notables canadiens-français de Montréal, Québec et Ottawa donnèrent leur pleine adhésion au mouvement.

Quelques jours plus tard, une importante délégation de citoyens canadiens-français pria le gouvernement fédéral d’autoriser le Dr Arthur Mignault, chirurgien-major des Carabiniers Mont-Royal, à procéder à l’enrôlement exclusif de Canadiens français pour le deuxième contingent canadien à être envoyé outremer.
 

Brigadier général Arthur Mignault, fondateur du 22e Bataillon (canadien-français)

Médecin, Mignault s’était enrichi dans l’industrie pharmaceutique. Son intérêt pour la vie militaire le porta à s’enrôler dans les Carabiniers Mont-Royal en 1909 en tant que lieutenant-chirurgien. Personnage fort controversé, il avait 48 ans en septembre 1914 et détenait le grade de capitaine. Reçu médecin en 1888, après des études au Victoria Medical School de Montréal, il pratiqua tout d’abord la médecine aux États-Unis avant de revenir à Montréal en 1896, où il fit fortune dans l’industrie pharmaceutique, notamment en lançant ses fameuses « Pilules rouges » pour les femmes souffrant d’anémie.

Dès le début du conflit, il offrit de verser 50 000 $, somme énorme à l’époque, pour la formation et l’équipement du bataillon canadien-français des Forces expéditionnaires canadiennes, le 22e Bataillon (canadien-français), ancêtre du Royal 22e Régiment d’aujourd’hui.

Puis, plus tard, il se servit encore de sa fortune personnelle pour lever le 41e Bataillon des Forces expéditionnaires canadiennes et équipa en France, l’Hôpital stationnaire canadien no 4 (canadien-français), dont il fut nommé le premier commandant avec le grade de lieutenant-colonel du corps médical canadien.

Lors de l’arrivée en France d’un deuxième hôpital militaire canadien-français, l’Hôpital Militaire, Mignault se fit nommer « Superior Medical Officer », c’est-à-dire superviseur des deux hôpitaux militaires canadiens-français en France. Promu colonel en mai 1916, il occupa ce poste à compter du mois suivant.

Malheureusement, les autorités militaires canadiennes eurent à démêler et à acquitter de nombreux comptes payés par Mignault pour l’achat d’équipement et de services qu’il avait faits sans autorisation auprès d’entreprises françaises. Embarrassées, les autorités militaires canadiennes songèrent même à l’amener en cour martiale, puis y renoncèrent, mais décidèrent de le rappeler au pays en novembre 1916.

Nommé « responsable du recrutement pour le Canada français », Mignault fut fait chevalier de la Légion d’honneur par la France tandis que le major général Sir Eugène Fiset, responsable des services médicaux du pays avant de devenir sous-ministre de la Défense puis lieutenant-gouverneur du Québec lui exprima la vive appréciation du ministère de la Milice et de la Défense pour ses services.

Versé à la réserve des officiers en octobre 1917, il poursuivit quand même son œuvre de recrutement auprès des Canadiens français. Mais, confronté à nouveau à des difficultés avec les autorités militaires, il fut licencié définitivement de l’armée le 15 septembre 1918.

Toutefois, même après la guerre, Arthur Mignault continua de faire la promotion du service militaire auprès des jeunes Canadiens français et fut finalement nommé brigadier général honoraire, le premier Canadien français promu à ce grade au sein du Corps médical de l’armée canadienne. Il mourut le 26 avril 1937.

Entre-temps, aussitôt que le nouveau régiment fut officiellement fondé, son premier commandant, le colonel Frédéric Monderet Gaudet, convoqua une réunion, le 7 octobre 1914 à l’arsenal des Carabiniers Mont-Royal, invitant tous les officiers ayant offert leurs services, dans le but de jeter les bases de l’organisation définitive du 22e Bataillon d’infanterie (canadien-français).

Natif de Trois-Rivières et diplômé du Collège militaire royal de Kingston, Gaudet était, au moment du début des hostilités, colonel de milice tout en étant surintendant d’une usine de munitions propriété du gouvernement, la Dominion Arsenal (anciennement la Dominion Cartridge Factory).

Une semaine après la réunion du 7 octobre, quelque 20 000 personnes se réunirent au Parc Sohmer, à Montréal, pour appuyer le projet d’un régiment canadien-français. C’est le Dr Arthur Migneault, revêtu de son uniforme de gala de chirurgien des Carabiniers Mont-Royal, qui présida l’assemblée.

Le 21 octobre, l’enrôlement officiel débuta enfin au manège des Carabiniers Mont-Royal. Pendant les huit premières heures où le bureau de recrutement fut ouvert, le Dr Mignault lui-même fit passer un examen médical sommaire à pas moins de 125 hommes et une longue ligne d’attente dut rebrousser chemin le soir arrivé pour devoir revenir le lendemain. Les cadres de la nouvelle unité se remplirent en peu de temps et 75 % de son effectif initial fut fourni par des membres présents ou passés des Carabiniers Mont-Royal.

Une fois complet, le bataillon alla compléter son entraînement à Saint-Jean, avant de prendre la direction de Valcartier puis de l’Angleterre, à bord du S.S. Saxonia, le 20 mai 1915. Le 22e Bataillon du début avait des effectifs de 1 240 hommes et se renouvela cinq fois durant la Première guerre mondiale.

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