Le lieutenant-colonel Henri Desrosiers, qui commandait alors le 163e Bataillon outre-mer faisait savoir qu’il y avait un Canadien français en train de se faire toute une réputation au sein du Royal Flying Corps. Il s’agissait du capitaine L. E. Boyer, autrefois officier au sein du 163e Bataillon, qui montrant plus de désir pour l’aviation que l’infanterie, avait permuté au sein de celle-ci. Après un bref entraînement comme pilote, on l’avait envoyé en France où il avait réussi, en seulement quelques semaines, à abattre six aéroplanes allemands, dont trois le même jour en quelques minutes, ce qui lui valut la Military Cross britannique (M.C.).

Dans une lettre aux médias, le lieutenant-colonel Desrosiers écrivait : « Je crois que ceci est un record de rapidité.

« Il était en patrouille, un jour, quand lui et son pilote virent trois machines allemandes qui attaquaient un des nôtres. Ils engagèrent le combat avec ces trois machines, en chassèrent une, et en abattirent une autre en flamme. Quelques minutes plus tard, quatre autres machines allemandes plongeaient en avant d’eux pour les attaquer.

« Boyer et son pilote engagèrent immédiatement le combat et pendant qu’ils se battaient, leur mitrailleuse avant se bloqua. Le pilote glissa de côté, perdant de la hauteur et avec la mitrailleuse arrière, il frappa une machine ennemie qui plongea sur le mitrailleur Boyer. Le pilote manœuvra de façon à permettre à Boyer d’ouvrir le feu avec la mitrailleuse d’en arrière et immédiatement, il abattit une des machines ennemies. La bataille prit fin quelques minutes plus tard quand l’autre machine ennemie tomba elle aussi hors de combat. »

Le 12 septembre 1917, La Presse publia un éditorial intitulé « Un autre héros canadien-français » :

« Avec une légitime fierté, nous signalions, lundi dernier, l’héroïsme montré par une foule de nos gars dans les dernières batailles livrées sur le front occidental. Le même sentiment nous invite aujourd’hui à mettre devant le public le nom et les exploits du Capitaine L. E. Boyer, membre du Corps d’aviation royal, qui vient de recevoir la Military Cross (M.C.). Les raisons pour lesquelles notre compatriote a été décoré ne sont pas compliquées. Elles tiennent dans les quelques mots suivants de la dépêche qui nous parle de lui : « Cette récompense lui était due pour avoir fait dégringoler six machines allemandes, dont trois en une seule journée.»

« Abattre six aéroplanes ennemis dans une période de temps quelconque, c’est déjà un exploit qui mérite mention, mais remporter trois de ces victoires en une seule journée, voilà un fait glorieux entre tous et que peu d’aviateurs, si fameux soient-ils, pourront montrer dans leur dossier à la fin de la guerre.

« Nous saluons donc bien bas le nouvel héros canadien-français qui vient de s’illustrer. Nous applaudissons d’autant plus à sa bravoure et à ses exploits, qu’ils nous défendent de bien des accusations malicieuses. Depuis quelque temps, nos meilleures plumes canadiennes-françaises du Canada se sont évertuées à faire voir à tous les gens de bonne foi que notre race est tout autre chose que ce qu’on a dit dans une foule de journaux canadiens et étrangers. Nous croyons qu’elles ont réussi à la tâche. S’il en était autrement, quel appui solide et puissant ne trouveront-elles pas dans la simple narration de prouesses telles que celles que nous avons publiées, à deux reprises, au cours de la présente semaine? 

« À ceux qui se demandent encore s’il y a des Canadiens français sur la ligne de feu, nous n’avons qu’à dire : lisez les dernières listes des tués et des blessés au front; jetez aussi les yeux sur les volontaires canadiens qui ont été récemment décorés. Si vous persistez à prétendre que les Canadiens français sont rares au front, vous serez au moins forcés d’admettre que ce sont tous des héros. »

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat