Par Pierre Vennat
Journaliste-historien

Extraits d’un cours donné à l’automne 2010 à l’antenne de Joliette de l’Université du Troisième âge, une constituante de l’Université de Sherbrooke.

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Soldats canadiens sur la Somme

Soldats canadiens sur la Somme

Le 2 juin 1916, la 3e Division canadienne, créée en décembre 1915, fut la cible d’un violent bombardement allemand. Le barrage dévasta les positions canadiennes avancées et tua des centaines d’hommes, dont le commandant de la division, le major général Malcom Mercer.

L’infanterie allemande se rua alors en avant et s’empara des positions canadiennes au Mont Sorrel et de deux collines environnantes. Une contre-attaque, organisée à la hâte le 3 juin, échoua. Trois jours plus tard, les Allemands firent exploser quatre mines sous les positions canadiennes et s’emparèrent du village de Hooge.

Le commandant du Corps canadien, Sir Julian Byng, était déterminé à reprendre le terrain perdu. Après un violent bombardement d’artillerie, il attaqua aux premières heures du 13 juin. Lors de cette attaque bien préparée, les Canadiens repoussèrent les Allemands et reprirent une partie du terrain perdu.

La bataille du Mont Sorrel dura près de deux semaines et les troupes canadiennes enregistrèrent 9 383 pertes, entre le 2 et le 13 juin 1916.

Le colonel Chaballe, qui tenait le journal de campagne de sa compagnie, écrivit qu’il y avait des morts partout : les uns assis bien droit et, à peine touchés, d’autres étendus dans les positions les plus extraordinaires, d’autres encore à moitié enterrés. Il y en avait qui étaient recouverts de toiles cirées, de capotes. Éparpillés un peu partout, des équipements, des fusils, des baïonnettes, des munitions, le tout en quantités considérables.

Lorsque les Canadiens arrivèrent dans le secteur, l’offensive avait été lancée depuis déjà plusieurs semaines. À l’issue de ce bain de sang, les attaquants auront conquis quelques malheureux kilomètres de terrain.

« Et la pluie tombe à torrent et le bombardement ne cesse pas. Les hommes tombent comme des mouches, des morts encore et des blessés des attaques précédentes qui nous supplient de leur venir en aide ou de les achever. Mais il faut avancer. La consigne est que seuls les brancardiers s’occupent des blessés.

Enfin, péniblement, on arrive dans la ligne de feu, dans des tranchées en ruine jonchées de blessés et de morts. De pauvres diables, rongés de fièvre vident les bidons des arrivants. Il y en a qui sont là depuis deux jours sans soins, attendant d’être évacués. C’est qu’il est impossible de les sortir de jour. Et la nuit, le bombardement met la moitié des brancardiers hors de combat et empêche le ravitaillement d’atteindre la ligne de feu. Dans les tranchées, on trouve des centaines de morts, allemands et canadiens ainsi que beaucoup de blessés qui n’ont pu être évacués”. 

Pour sa part, Claudius Corneloup raconta : “Nous ne voyions pas à deux pas devant nous dans ces secteurs balayés par les mitrailleuses. À chaque pas, nous heurtions des cadavres, les uns figés, face à terre, méconnaissables, les autres rigides, sanglants, les yeux grands ouverts, comme s’ils regardaient les cieux dans leur muette et douloureuse attitude. Une odeur cadavérique nous soulevait le coeur. Effarés de ces morts horribles, épouvantés à la pensée que demain, nous serions peut-être dans une de ces poses tragiques, oubliés à notre tour dans cette boue repoussante, sans croix, sans cimetière, nous allions le cœur serré et tordu de craintes, vers ce triste bois du sanctuaire.”

Les premiers prisonniers du 22e 

En juillet que le 22e captura un certain nombre de prisonniers. Le raid qui donna lieu à leur capture eut lieu du 4 au 5 juillet 1916. Il fut exécuté par deux patrouilles, sous les ordres de deux sergents. Le but de ces captures était de soutirer aux prisonniers des renseignements intéressants sur les positions de l’ennemi. Les deux sergents furent décorés, le premier Pouliot de la Médaille de la conduite distinguée (DCM) et par la suite promu lieutenant , tandis que le deuxième recevait la Médaille militaire (MM).

Soldats du 22e Bataillon au front en 1916

Soldats du 22e Bataillon au front en 1916

 

Les Britanniques croyaient encore au courage romantique. Le 1er juillet 1916, ils entamèrent la bataille, conjointement avec les Britannqiueses très coûteuses attaques lancées par les Britanniques s’échelonnèrent jusqu’à la fin du mois de septembre 1916. Les Alliés y perdirent en morts et en blessés, 350 000 hommes et les Allemands et leurs subirent des pertes à peu près équivalentes.

Le 26 août, le 22e quittait le saillant d’Ypres, après y avoir passé près d’un an et prenait la route de la Somme pour se joindre aux troupes britanniques dans l’attaque de grande envergure déclenchée le 1er juillet.

Dans son journal de campagne, le lieutenant-colonel Tremblay, qui commandait alors le 22e Bataillon, écrivit qu’il ne pouvait plus s’empêcher de penser longuement au terrible drame qui se jouait là-bas et à tous ces morts, ces blessés, à toutes les mines explosées. “Dans quelques heures peut-être, nous passerons à notre tour dans la fournaise. Je sens bien que nous allons laisser ici pour toujours beaucoup des nôtres. Qui seront-ils? Nous avons causé avec plusieurs officiers et soldats qui sont dans le secteur depuis quelque temps, travaillant à l’arrière immédiat du front. Ils nous ont tous assurés que sur les troupes qui vont en première ligne, il en revient un sur dix en bonne condition. Les apparences semblent prouver pleinement ces nouvelles peu encourageantes”.

Sur la bataille du Mont Sorrel:  http://carlpepin.com/2010/08/23/1914-1918-la-guerre-du-canada-le-mont-sorrel/

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat