Par Pierre Vennat
Texte inédit

Raymond Cadieux (voir sur ce site l’article intitulé Histoire militaire: Nos signaleurs en Australie) n’était évidemment pas le seul signaleur canadien envoyé en Australie en 1945 pour transmettre les messages des troupes alliées dans le Pacifique et intercepter les messages des Japonais.

Ni même le seul francophone.

En fait, le 1st Canadian Special Wireless Group comptait 253 officiers, sous-officiers et hommes de troupe, commandés par le lieutenant-colonel Henry Douglas Windeat Wethey et comptait quelque vingt à vingt-cinq francophones.

Mais aucun parmi les officiers et deux seuls parmi les sous-officiers, les sergents Bernard Robert Boivin et Joseph-Napoléon Roy.

Ce groupe spécial avait été créé par le ministère canadien de la défense en juin 1944 et recruté parmi les effectifs du Corps canadien des signaleurs.

La mise sur pied du groupe prit un certain temps et le 1er août, il ne comptait toujours que 5 officiers et 49 hommes. Par la suite, les effectifs grossirent et finalement, le 13 janvier, le régiment quittait le Canada pour finalement arriver à San Francisco où ils s’embarquèrent pour l’Océanie le 20 janvier à bord d’un transport de troupes américain, .

Le 28, on franchit la ligne de l’équateur et le 4 février 1945, les Canadiens arrivèrent en Nouvelle-Guinée. Le 10, après avoir débarqué les troupes américaines qui se trouvaient à bord, les signaleurs canadiens s’embarquèrent à bord d’un autre transport de troupes américains pour arriver enfin en Australie le 16 février.

Accueillis très chaleureusement par la population australienne, nos signaleurs travaillèrent d’abord aux côtés des signaleurs australiens, membres du 1st Australian Special Wireless Group avant de prendre le chemin de Darwin, où, le 18 mai, un mois après leur arrivée, ils prenaient seuls charge de la station.

Dix jours auparavant, les Canadiens avaient appris, en écoutant la BBC, la fin des hostilités en Europe et la chute de l’empire nazi.

Mais les Japonais, eux, étaient toujours là et toujours dangereux. Bien que loin de la ligne de feu et leur boulot peu spectaculaire, les signaleurs canadiens accomplirent leur devoir jusqu’au 18 août, alors que le Japon, lourdement ébranlé par deux bombes atomiques qui avaient anéanti plus de 200 000 humains en quelques minutes, capitula à son tour.

Le travail de ces hommes, si loin de chez-eux, est quasi ignoré par les historiens canadiens qui se sont penchés sur la Deuxième Guerre mondiale.

En fait, on leur a même pas donné l’Étoile du Pacifique puisqu’ils n’ont pas vu le feu. Leurs pertes sont minimes et n’ont rien de glorieux: un signaleur est mort noyé en faisant du surf! Et un lieutenant est décédé subitement, apparemment d’un coup de chaleur.

Mais les survivants sont fiers de leur rôle, jugé essentiel à la victoire alliée dans le Pacifique.

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat