Ancien commandant de peloton des Fusiliers Mont-Royal, le lieutenant H. E. Paquin s’était joint au 22e Bataillon canadien-français lors du début de la Première Guerre mondiale avec lequel il était passé outre-mer. Peu après son arrivée outre-Atlantique, il se sentit attiré par l’aviation et se fit verser dans les premières escadrilles aériennes au-dessus du front.

Au début de juillet 1916, on apprenait que Paquin avait abattu, le mois précédent, deux aéroplanes ennemis au-dessus des lignes. Il en fit lui-même le récit dans une lettre à sa famille, que La Presse publia le 3 juillet 1916 :

« Je suis sain et sauf, après avoir passé à deux doigts de la mort. J’ai escorté hier une reconnaissance au-dessus du territoire occupé par les Boches. La distance était de 120 milles.

« En passant au-dessus de leurs tranchées, messieurs les Boches nous ont envoyé, je crois, tout ce qu’ils avaient en stock d’obus pour avions. Il y en avait des milliers dans les airs. Nous étions cinq machines ensemble. Tu peux t’imaginer si ça pleuvait. Mais ce n’est pas tout. Une fois les lignes passées, le fun a commencé. Celui qui prétend n’avoir pas un léger frisson de peur devant la mort imminente est un idiot.

« La première machine qui m’a livré combat fut un « Albatros » qui ne devait pas se douter qu’il avait affaire à un « Canayen ». Je n’ai pas été lent à lui envoyer une décharge de mitrailleuse et il a pris le bord de chez lui en faisant un fameux plongeon. Mais le cochon s’est tout de même permis, avant de fuir, de frapper ma machine trois fois, car je me suis aperçu à mon retour, que j’avais trois trous de balle dans les ailes. Mais tout cela est un détail comparativement au reste.

« Une fois rendus au terminus de notre reconnaissance, il a fallu revenir. Durant ce temps-là, les Folkers se sont préparés.

« J’ai compté huit machines allemandes qui ont monté pour nous attaquer. Les balles sifflaient continuellement à nos côtés. Un biplan très rapide a plongé sur ma machine voulant sans doute me livrer combat. Avec grand plaisir, je me suis aperçu que sa mitrailleuse était en mauvais ordre, car il n’a pas tiré un seul coup. Alors, j’en ai profité et je ne l’ai pas manqué. Il a fait une vilaine chute : 9 000 pieds seulement! Que penses-tu de son atterrissage?!!!

« Encore deux Boches de moins, J’en suis certain. Je suis revenu à l’aérodrome avec ma machine trouée de balles et d’éclats d’obus. Mais pas une seule blessure. Ce que j’en ai eu de la veine! »

Paquin, qui a littéralement volé vers la mort, continue sa lettre en pleurant la mort de son bon ami le capitaine Antonio Beaubien, de Québec, tué quelques jours auparavant par un éclat d’obus dans les tranchées.

Et La Presse de commenter : « Voilà un Canadien français qui fait honneur à sa race. Enrôlé dans le 22e Bataillon canadien-français, il décida, après plusieurs mois passés dans les tranchées à attendre les Boches qui ne venaient pas, d’aller les relancer chez eux par la voie des airs. Et il entra, il y a quelques mois, dans le Royal Flyin Corps. On voit qu’il n’a pas perdu son temps. »

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat