Ce texte a initialement été publié sur notre site le 20 juin 2010. Nous le présentons ici en rappel, afin de souligner l’anniversaire du Débarquement de Normandie

Par Pierre Vennat

Texte initialement publié dans La Grenade, revue régimentaire des Fusiliers Mont-Royal

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Trop peu de gens le savent, mais le plus jeune soldat allié tombé lors de la campagne de Normandie, Gérard Doré, était un membre des Fusiliers Mont-Royal, qui avait triché sur son âge pour s’enrôler et qui s’est fait tuer alors qu’il n’avait que 16 ans.

Né le 29 août 1927 à Val-Jalbert, au Lac Saint-Jean, Gérard Doré était le sixième enfant d’une famille nombreuse. Bien bâti pour son âge, l’adolescent était décidé à s’enrôler et à 15 ans, il quitta la maison familiale pour se porter volontaire en se joignant, le 3 avril 1943, à l’Artillerie royale canadienne, mentant sur son âge et faisant croire qu’il était né le 29 août 1924, bref se vieillissant de trois ans. Selon ceux qui l’ont connu, il semble en effet que cette recrue, mesurant 5 pieds 9 pouces et pesant 140 livres, aux yeux et cheveux bruns, pouvait passer aux yeux de la majorité pour un jeune homme de 18 ans.

Dans son dossier militaire, il est indiqué qu’il avait terminé sa 9e année d’études et que ses sujets préférés étaient l’arithmétique, le français et l’anglais. Il avait également déclaré aimer le baseball, le hockey, le tennis et la littérature. Il prétendait avoir quitté l’école à 17 ans et avoir travaillé comme commis dans une banque pendant sept mois et dans un bureau deux autres mois avant son enrôlement.

Le dossier de Doré mentionne également qu’il constituait une recrue « prometteuse » et qu’il avait un « potentiel de sous-officier ». On le considérait « alerte », « énergique », « ambitieux » et on mentionnait qu’il avait « très hâte de traverser l’Atlantique et de voir l’action. » Gérard avait même indiqué avoir un peu d’expérience de conduite et qu’il voulait conduire les chars du Corps blindé canadien.

D’abord artilleur, Doré suivait son entraînement de base à Lauzon, en face de Québec. Puis, au début d’octobre 194, il passa de l’artillerie au Corps blindé et fut envoyé au Camp Borden, en Ontario. Mais quelques jours plus tard, les autorités du Camp Borden ont plutôt suggéré qu’il soit affecté à une unité d’infanterie francophone. C’est ainsi qu’en novembre 1943, on le retrouva à Valcartier comme commis de bureau d’administration avant de s’embarquer pour le Royaume-Uni en mai 1944. Le 4 juin, on l’adjoignit aux Fusiliers Mont-Royal avec lesquels il débarqua sur le sol de France, le 6 juillet.

Du 6 au 23 juillet, Doré participa aux durs combats des Fusiliers Mont-Royal en Normandie et notamment à ceux des fermes Beauvoir et Troteval. C’est là qu’il fut mortellement touché, le 23 juillet, un mois avant son anniversaire de naissance et qu’on découvrit qu’il n’avait que 16 ans, ce qui en fait la plus jeune victime canadienne de la campagne de Normandie et de la Seconde Guerre mondiale. Il est enterré au Cimetière de guerre canadien de Bretteville-sur-Laize, près de Cintheaux, en France.

Au printemps de 1949, en présence du ministre canadien des Anciens combattants du temps, l’Amiral Fred J.-Miffin, du Colonel Fernand Mousseau, alors colonel honoraire des Fusiliers Mont-Royal, de M. Jean Doré, frère du Soldat Gérard Doré et de plusieurs autres, dont moi-même, la municipalité voisine Cintheaux a inauguré un monument, baptisé Place Gérard Doré, là où est tombé Gérard Doré, près de la Ferme de Troteval.
Gérard Doré, avant de partir pour le front.
La Place Gérard Doré a été érigée en plein champ, là où le jeune homme de 16 ans, originaire du lac Saint-Jean, est tombé en juillet 1944.
 
Le drapeau des Fusiliers Mont-Royal flotte maintenant fièrement au vent sur le site de la Ferme Troteval en Normandie.
Gracieuseté de La Grenade, revue régimentaire des Fusiliers Mont-Royal.
 
Dévoilée le 6 juin 2010, cette table d’interprétation explique aux visiteurs le rôle joué par les Fusiliers Mont-Royal dans la prise des fermes Troteval et Beauvoir des mains des Allemands en juillet 1944..
Gracieuseté de La Grenade, revue régimentaire des Fusiliers Mont-Royal.
Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat