Par Pierre Vennat
 
Extraits des notes d’un cours donné à l’automne 2010 pour le compte de l’antenne de Joliette de l’Université du Troisième âge, constituante de l’Université de Sherbrooke.

Suite de l’article L’entrée du Canada dans la Première Guerre mondiale (Première partie).

 
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Dès le début du conflit, le gouvernement britannique fit savoir au gouvernement canadien que bien qu’il ne semblait pas être immédiatement nécessaire de demander au Canada l’envoi d’un contingent, cela serait néanmoins une bonne chose que celui-ci prenne toutes les dispositions législatives ou autres de façon à lui permettre de fournir sans retard un contingent, au cas où la chose deviendrait nécessaire. À ce moment-là, l’armée canadienne était constituée d’environ 3 000 soldats professionnels et de 60 000 hommes de la Milice active non permanente.
 
Deux jours plus tard, le gouvernement britannique demanda aux Canadiens de lever une division d’environ 22 500 hommes en plus de rappeler immédiatement sous les drapeaux tous les ressortissants de l’armée britannique domiciliés au Canada.
 
Pour les Canadiens d’origine britannique, pour la plupart encore très proches de la mère patrie et arrivés au pays récemment, du moins seulement depuis une ou deux générations, la réaction fut instinctive : accourir sans tarder au secours de l’Angleterre menacée, l’appuyer de toutes leurs forces et sans regard aux vies ou à la dépense. Ce qui les portait à s’approprier, pour ainsi dire, les responsabilités du conflit et à tenter constamment d’incorporer les autres dans des unités anglophones, considérées comme plus sûres et surtout plus loyales envers la couronne britannique.
 
C’est pourquoi Ottawa évita le plus possible, durant la Première Guerre mondiale, de former dès le début des unités canadiennes-françaises qui eussent, quand la pénurie des effectifs commença à se faire sentir, évité au pays, au moment du recours à la conscription, les graves malentendus qui empoisonnèrent par la suite les relations entre anglophones et francophones du pays.
 
De nombreux volontaires canadiens-français
 
Pourtant, au début du conflit, nombreux furent les volontaires canadiens-français. À preuve, le 12 août, une semaine à peine après que le Canada ait été précipité dans la guerre, les autorités militaires firent connaître les premiers chiffres d’enrôlement pour service actif dans la région métropolitaine de Montréal.
 
On enregistrait à minuit la veille, 1 600 enrôlements, soit 500 dans le régiment Royal Highlanders, 350 dans les Grenadiers Guards, 250 dans les Victoria Rifles, trois unités anglophones et 600 volontaires canadiens-français, soit 350 dans le 65e Régiment (Carabiniers Mont-Royal) et 150 dans le 85e (le Régiment de Maisonneuve).
 
Cependant, aucun des régiments de milice du pays, pas plus dans le reste du Canada qu’au Québec, ne fut mobilisé. En effet, le ministre de la Défense, Sam Hughes, qui entretemps s’était promu major général, décida d’en créer de nouveaux pour service outremer plutôt que de s’appuyer sur les régiments existants. Ces bataillons avaient peu ou rien à voir avec la tradition.
 
 
 

Sam Hughes, ministre de la Défense du Canada

 
C’est ainsi qu’à Montréal, on créa le 14e Bataillon de la Force expéditionnaire canadienne, qui, par la suite, prit le nom de Royal Montreal Regiment et qui existe toujours dans la métropole. Malheureux de ne pouvoir s’enrôler au sein de régiments où ils avaient développé un sentiment d’appartenance et de camaraderie, nombreux furent cependant les miliciens qui s’enrôlèrent tout de même dans les nouveaux régiments.
 
Fin août, le Royal Montreal Regiment, alors formé de trois compagnies des Grenadiers Guards, trois des Victoria Rifles et deux du 65e Bataillon (Carabiniers Mont-Royal) partirent pour Valcartier. Bien qu’ils ne fussent tenus qu’à fournir 240 hommes de tous grades, le contingent des Carabiniers Mont-Royal comprenait 398 officiers et soldats, soit un nombre supérieur à celui des six autres compagnies réunies du Royal Montreal Regiment.
 
La réponse du Canada n’avait absolument rien de préparée. La plupart des hommes n’avaient reçu aucune instruction militaire et trop d’officiers étaient de présomptueux amateurs convaincus que la guerre ne serait qu’un camp d’été prolongé.
 
Les premiers résultats du recrutement à travers le pays donnèrent d’ailleurs des résultats impressionnants. Dès le 8 septembre 1914, 32 000 hommes étaient déjà rassemblés. Moins d’un mois plus tard, le 3 octobre, la 1ère Division canadienne quittait Gaspé pour l’Angleterre. On dénombrait alors 33 000 hommes et femmes et 7 000 chevaux, répartis sur 31 navires, un convoi protégé par sept croiseurs britanniques.
 
C’est l’histoire de ces hommes et plus particulièrement ceux du Québec que nous allons tracerons sur ce blogue dans les mois qui suivent, comme nous avons voulu le faire, et continuerons de le faire pour ceux de la Seconde Guerre mondiale.
 
Nous aborderons également la vie au Canada et au Québec en temps de guerre pendant les années de 1914 à 1918, du point de vue culturel, social, etc. Sans oublier l’épineuse question de la conscription!
Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat