Par Pierre Vennat
Extraits des notes d’un cours donné à l’automne 2010 pour le compte de l’antenne de Joliette de l’Université du Troisième âge, constituante de l’Université de Sherbrooke.
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Le lundi 29 juin 1914, lorsque les Montréalais apprirent qu’un nouveau drame était venu assombrir le règne de l’empereur François-Joseph, bien peu d’entre eux se croyaient directement concernés.
 
Qui aurait cru que l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand de Hasbourg, héritier présomptif du trône d’Autriche-Hongrie et de sa femme, Sophie, duchesse de Hoenberg, à Saravejo, en Bosnie, drame imputé à un complot fomenté par des Serbes haineux, allait plonger le monde dans le conflit le plus meurtrier de son histoire jusqu’alors et allait coûter la vie à pas moins de 61 000 soldats canadiens, dont plusieurs Canadiens français?
 
 

Assassinat de François-Ferdinand de Hasbourg et sa femme Sophie à Saravejo, le 29 juin 1914.

 
Le conflit dura 51 mois. C’était la première fois qu’une guerre prenait une dimension mondiale. En plus de se dérouler sur terre et sur mer, elle donna lieu à des combats aériens pour la première fois de l’histoire. Environ 65 millions de soldats de tous les continents y prirent part et plus de huit millions d’entre eux y trouvèrent la mort. On évalue par ailleurs à six millions le nombre de civils tués à la suite des combats.
 
L’ensemble de la contribution canadienne fut remarquable : 628 462 hommes se sont engagés et 424 689 ont été envoyés outremer. Plus de 5 000 hommes sont entrés dans la Marine et 24 095 dans les services aériens britanniques. En tout, 60 661 Canadiens donnèrent leur vie à la cause des Alliés. Pour un pays dont le plus grand effort militaire au cours des 150 années précédentes, n’avait jamais réuni plus de 10 000 hommes et dont la population venait à peine d’atteindre 8 millions, il s’agit presque d’un exploit.
 
Pour le Canadien français moyen de l’époque, Londres, Paris, Berlin, Vienne, leurs conflits, l’affrontement de leurs nationalismes et de leurs rivalités économiques et politiques ne présentaient aucun intérêt immédiat. Dans l’ensemble, donc, la majeure partie de la population québécoise regarda l’amorce et les premiers stades du drame qui allait se jouer avec une indifférente curiosité.
 
Cependant, après l’attentat de Saravejo, les événements se précipitèrent en Europe et déclenchèrent aussitôt le jeu des alliances. Les déclarations de guerre se succédèrent et le 1er août 1914, l’Allemagne déclara la guerre à la Russie, puis le 3, à la France. Le 4, c’était au tour de l’Angleterre de déclarer la guerre à l’Allemagne afin de se porter au secours de la France et de la Belgique.
 
Le Canada n’étant à l’époque qu’un « dominion », il constituait encore une dépendance du Royaume-Uni, de la Grande-Bretagne et de l’Irlande. L’Empire britannique étant en guerre, le Canada, partie de cet Empire, se trouvait automatiquement plongé dans le conflit sans avoir son mot à dire.
 
À suivre la semaine prochaine…
 
 
 
Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat