Pierre Vennat
Journaliste-historien

Cet article reprend le contenu des notes d’un cours sur l’histoire militaire québécoise que j’ai livré à Drummondville, au printemps 2012, pour le compte de la constituante « troisième âge » de l’Université de Sherbrooke.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1943, l’invasion de la Sicile commençait, marquant le début de la libération de l’Europe occidentale.

En fait, elle avait été précédée de certaines opérations de commandos. Dès le début de juin, l’île fortifiée de Pantelleria, à mi-chemin entre la Tunisie et la Sicile, avait été canonnée par une grande formation navale britannique en même temps qu’elle était bombardée par de nombreuses escadrilles alliées. Effroyablement pilonnée par l’aviation alliée, la garnison se rendit sans condition, 22 minutes à peine après que les troupes de débarquement eurent pris pied sur l’île.

Le 8, cinq compagnies de commandos britanniques débarquèrent dans l’île méditerranéenne de Lampedusa, premier coup de sonde pour éprouver les défenses de l’Europe méridionale contre une invasion. Moins de 1 000 hommes avaient été engagés dans ce raid qui dura à peine quelques heures. Lampedusa appartenait à l’Italie et sa population, avant la guerre, était de 3 000 habitants.

Enfin, le 13 juillet, des troupes américaines, britanniques et canadiennes débarquaient en Sicile, venant d’Afrique du Nord. Parmi les troupes canadiennes, se trouvait le Royal 22e Régiment. Après pratiquement trois ans et demi de garnison en Angleterre, les gars du 22e avaient enfin l’occasion d’affronter l’ennemi.

Dès le premier jour de l’invasion de la Sicile, les Alliés purent débarquer près de 160 000 hommes, 600 chars, 1 800 canons et 14 000 véhicules, soit autant que le Jour J, l’année suivante, en Normandie. À l’exception de sept soldats qui ont été tués et 15 blessés, les Canadiens ont eu de la chance en ce premier jour de l’invasion. La plupart des soldats n’ont même pas eu à tirer un coup de feu pour capturer 700 prisonniers italiens et une vingtaine de prisonniers allemands.

Sous le commandement du lieutenant-colonel et futur major général Paul-Émile Bernatchez, le Royal 22e Régiment quitta l’Angleterre le 24 juin 1943. Après avoir longé la côte septentrionale de l’Irlande, les bateaux passèrent au large du golfe de Gascogne pour entrer dans le détroit de Gibraltar le 5 juillet. Puis, ils suivirent la côte africaine, contournant le Cap Bon et prirent ensuite la route de Tripoli.

Le major général Paul-Émile Bernatchez
au milieu de ses hommes lors de la campagne d’Italie

Aucun incident sérieux n’a marqué le voyage des troupes de la 1ère Division canadienne. Mais le convoi qui transportait les véhicules et matériel fut attaqué par des sous-marins. Deux navires marchands furent torpillés ainsi qu’un navire de guerre, le Davia, qui transportait 261 Canadiens, dont une vingtaine du Royal 22e Régiment. Cinquante et un de ces militaires canadiens y trouvèrent la mort. Il s’agissait des premières pertes canadiennes de la campagne d’Italie.

À noter qu’un autre régiment du Québec, de blindés celui-là, le Régiment de Trois-Rivières, dont une forte proportion des membres était francophone oeuvrait dans le même secteur que le Royal 22e Régiment.

Finalement, le 17 juillet 1943, une semaine après avoir mis le pied sur le sol italien, le Royal 22e Régiment reçut l’ordre de se porter à l’attaque des positions ennemies. Cette nuit-là, les gars du 22e abattirent leurs premiers soldats ennemis et le lieutenant Pierre-Ferdinand Potvin se mérita la Croix Militaire (MC), la première d’une longue liste de décorations remportées par le Royal 22e Régiment en Italie.

Cette première bataille du Royal 22e Régiment dans la Deuxième Guerre mondiale coûta 31 hommes au régiment, dont sept morts sur les lieux, les premiers morts régimentaires au combat depuis le début du conflit. Les pertes de juillet 1943 ont été lourdes pour le Royal 22e. Le 27 juillet coûta la vie à un capitaine, un lieutenant, deux sergents, un caporal et onze soldats. Le lendemain, deux caporaux et trois soldats se firent tuer. Le 30 juillet, un sergent, un caporal et un soldat tombèrent face à l’ennemi et le 31 juillet, deux soldats subirent le même sort. Le mois d’août 1943 fut plus chanceux pour le régiment qui ne perdit qu’un seul homme, le 6 août, une dizaine de jours avant que la conquête de la Sicile ne soit complétée.

Terminée le 17 août 1943 par l’entrée des troupes alliées dans Messine, la conquête de la Sicile mit fin à la première phase de la lutte entreprise par les Alliés le 10 juin 1940 contre l’Italie fasciste. Les opérations qui avaient permis aux Alliés d’envahir la Sicile s’étaient avérées un succès éclatant mais leur impuissance à prévenir, à arrêter ou même à freiner la fuite de l’île par les Allemands, à compter de la nuit du 10 au 11 août, constitua un lamentable échec. Environ 55 000 soldats allemands réussirent à s’échapper avec 10 000 véhicules, 51 chars, 163 canons et 17 000 tonnes de munitions pour continuer à se battre sur le continent italien.

Le maréchal Pietro Badoglio, chargé par le roi d’Italie Victor-Emmanuel signa, dès le début de septembre, un armistice avec les Alliés qui équivalait à une reddition sans condition, mais comme le pays était occupé par les Allemands, assistés de fascistes demeurés fidèles à Benito Mussolini, les Alliés se virent forcés de faire la conquête de l’Italie, village par village.

C’est ainsi que le Royal 22e Régiment débarqua sur le continent italien le 3 septembre 1943. Le mois de septembre ne fut pas trop meurtrier pour le régiment. Seuls trois de ses soldats furent tués au combat. Malheureusement, cependant, 13 membres du régiment furent tués au combat durant ce mois d’octobre.

Des membres du Loyal Edmonton Regt., appuyés par des chars du Three Rivers Regt., entrent dans la ville d’Ortona en 1943.
PHOTO : TERRY ROWE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA–PA114030

En novembre, près du village de San Pietro, commença une série de longues patrouilles. Les hommes du Royal 22e Régiment passèrent plusieurs jours sous la pluie et dans la boue, sans aucun abri, tantôt manoeuvrant dans les montagnes, tantôt franchissant des cours d’eau de trois ou quatre pieds de profondeur.

En novembre 1943, la 1ère division canadienne cessa de participer, pour un temps, aux grandes opérations pour voir finalement en décembre la prise du port d’Ortona.

Il ne faudrait pas oublier que si l’on parle surtout du Royal 22e Régiment quand l’on pense aux Canadiens français qui ont libéré l’Italie, des unités médicales comptant elles aussi un fort pourcentage de francophones ont également fait leur marque sur le front italien, ainsi qu’un régiment de blindés, le Régiment de Trois-Rivières, une unité de blindée.

Suite la semaine prochaine : La Croix Victoria de Paul Triquet

 

 

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat