Basée à Bruxelles, la maison d’édition Ixelles publie de nombreux ouvrages et essais relatifs au domaine de l’histoire. Son catalogue s’est enrichi de nombreux titres au cours des derniers mois, dans la foulée des commémorations de toute sorte qui entourent le centenaire de la Grande Guerre et le 75e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Voici le compte-rendu de trois d’entre eux.

Les éminences grises du nazisme

9782875152350L’auteur de cet ouvrage de 350 pages, Gérard Chauvy, est historien et journaliste au Progrès de Lyon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la période 1939-1945, et notamment Histoire sombre de la Milice et Hitler et l’argent parus chez Ixelles Éditions. Il nous offre ici dix portraits de l’intelligence au service du mal. L’éditeur les présente ainsi :

« Les premiers ont été ceux qui ont permis au jeune agitateur de brasserie de s’affirmer dans son rôle de leader de parti qui n’est encore, sur la période 1919-1920, qu’un groupuscule apparemment sans grand avenir. Par leur expérience, leur participation à la constitution d’un programme politique, à la concrétisation d’une « idéologie », même fumeuse, et grâce à leurs relations, ils ont grandement facilité la formation du parti national-socialiste , ils ont offert à Hitler la possibilité de s’affirmer en tant que chef. Dietrich Eckart est de ceux-là.

Le système nazi doit beaucoup au déploiement de la propagande et au contrôle implacable exercé sur la presse. À ce titre, il convient d’évoquer l’action d’Otto Dietrich, chef du service de presse d’Hitler et secrétaire d’État à la propagande de 1937 à 1945.

Hitler bénéficiera aussi du concours de personnages qui lui permettront de subsister, voire de prospérer, en lui offrant des soutiens, des apports financiers importants. La gestion des affaires du parti, des revenus de sa presse et de ses éditions notamment, tient toute sa place et un certain Max Amann occupe en ce domaine des fonctions prépondérantes.

Plus orienté vers les milieux de la finance et de l’industrie, Kurt von Schröder a été une sorte de « banquier de l’ombre » du parti nazi et de la S.S. et il sera présent aux heures cruciales de l’accession au pouvoir.

On sait que sans la complicité, le soutien tacite puis ouvert de l’armée allemande, Adolf Hitler n’aurait pas pu asseoir son pouvoir comme il l’a fait. Plusieurs officiers ont eu leur part au sein de la Reichswehr puis ensuite au sein de la Wehrmacht : Walter von Reichenau, dans le sillage du ministre de la Guerre von Blomberg, avant d’être surnommé « le général nazi » est de ceux-là. 

Parmi les autres sombres personnages de l’univers nazi, nombre de médecins. Le médecin personnel de Hitler, Karl Brandt, mais qui fut aussi, en tant que préconisateur de l’euthanasie et de diverses expérimentations humaines dans les camps de concentration, une autorité médicale suprême du IIIe Reich. Ernst Grawitz, dignitaire de la S.S., devenu un incroyable… directeur de la Croix-Rouge allemande et l’inspirateur de Heinrich Himmler en matière d’extermination de masse. Ou encore Inge Viermetz, responsable de Lebensborn sous le Troisième Reich.
Dans ce dernier domaine, sur le plan froidement administratif de l’organisation des camps de la mort et de l’exploitation « économique » de la « Solution finale » contre les Juifs, l’obergruppenführer Oswald Pohl, « gestionnaire » de la S.S., déploiera tous ses « talents » !

La « justice » du IIIe Reich, quant à elle, a eu son exécuteur des basses œuvres avec Roland Freisler, magistrat nazi fanatique, à la tête du « Tribunal du peuple », oublié car mort prématurément lors d’un bombardement allié aux derniers jours de la guerre… »

Gérard Chauvy consacre une quarantaine de pages à chacune de ces « éminences grises », qui ont contribué, dans diverses fonctions, à l’ascension du parti hitlérien.

À propos de l’appareil critique, malgré les nombreuses références en bas de page, on notera l’absence d’une bibliographie en fin d’ouvrage qui aurait permis un regard plus rapide sur la documentation de l’auteur. On trouve toutefois un index des noms de personne, fort utile compte tenu de l’apparition fréquente de quelques protagonistes clés tout au long des chapitres.

 

Les Armes secrètes du IIIe Reich. Hitler aurait-il pu gagner la guerre?

9782875152367Les passionnés d’inventions folles et d’innovations techniques en temps de guerre seront servis avec ce tout récent ouvrage de l’historien et journaliste Laurent Tirone, aussi rédacteur en chef de Trucks & Tanks Magazine.

En 318 pages, l’auteur analyse l’arsenal hitlérien et le programme d’armement développé ou fantasmé tout au long de la guerre. Ces armes auraient-elles pu changer l’issue de la guerre? Celles-ci sont présentées en quatre temps : les grands programmes d’armement (1933-1939), les années victorieuses (1939-1942), la fin des illusions (1943) et l’accélération des programmes de recherche (1944-1945). L’auteur offre enfin un chapitre consacré à la chasse aux savants allemands.

Les Armes secrètes du IIIe Reich revient donc sur les fondamentaux des programmes d’armement allemands et les place de manière objective et rationnelle dans le contexte de la guerre, en s’appuyant sur des chiffres et des faits, sans oublier de mettre en lumière les dernières recherches menées sur le sujet, dont celles concernant l’arme atomique allemande.

Cet ouvrage, agrémenté d’un cahier photo (un peu mince cependant), propose diverses lectures utiles, à défaut d’une bibliographie et de références dans le texte. Le chercheur et le lecteur sérieux y verront une lacune qui trahit chez l’auteur un exercice plus près du travail du journaliste que de l’historien. La très courte conclusion, offerte en réponse à la prémisse « Hitler pouvait-il gagner la guerre? », n’aborde d’ailleurs cette question qu’en surface, sans véritablement sortir des lieux communs habituels.

Mais le récit, vivant et bien mené, offre un excellent point de départ pour qui s’intéresse au sujet. Malgré ses lacunes méthodologiques, cet ouvrage sera lu avec beaucoup de plaisir par les amateurs d’armement militaire friands de données techniques.

 

C’étaient les Poilus! Des hommes ordinaires plongés dans l’enfer

9782875152145Auteur très prolifique ces Ixelles éditions, le journaliste et historien Pierre Stéphany a connu des anciens combattants de 1914-1918. Il raconte ici la vie des Poilus plongés dans l’enfer de la guerre, dont le sobriquet « parle d’hommes qui n’allaient pas souvent chez le coiffeur et ne se rasaient pas tous les jours, mais aussi parce qu’il porte un accent de virilité et de fraternité qui nous rend proches à jamais de ces soldats inconnus. »

L’éditeur décrit l’ouvrage ainsi :

« Le fond historique de ce livre, ce sont les grands événements d’août 1914 à novembre 1918, particulièrement en France et en Belgique. Ils sont ici rapportés et expliqués brièvement, mais suffisamment. On y trouve les portraits de quelques hauts personnages : Joffre, Pétain, Albert Ier, etc. – de Gaulle s’y trouvait déjà : il estimait que les tranchées étaient mal construites et il fut blessé à Verdun.

Mais la force du récit, ce sont les poilus au front. Les poilus au repos, dans les combats, tassés dans les trous – un réseau de tranchées et de boyaux qui faisait des milliers de kilomètres, sur les 800 kilomètres séparant la mer de la Suisse, guettant l’ennemi, jetés dans des attaques meurtrières toujours inutiles : la France à elle seule eut plus de 1 397 000 tués. »

L’auteur, Pierre Stéphany, est reconnu pour son style vivant, laissant une large place aux témoignages. Ce livre en atteste une fois de plus. On y découvre plus le travail du journaliste que de l’historien, plongeant dans le vif du sujet sans introduction ni conclusion. Les références en bas de page sont rares (71 pour 336 pages de texte), et complétées par une liste de lectures utiles. De plus, l’auteur s’investit émotionnellement dans le récit, ce qui ne manquera pas de faire sursauter le chercheur ou le lecteur sérieux habitués aux démonstrations plus objectives.  Il s’agit ici avant tout d’un ouvrage de vulgarisation destiné au grand public, parfaitement recommandable auprès du lecteur néophyte en quête d’un panorama complet de la vie quotidienne des Poilus, dans un style clair et accessible.

Frédéric Smith

Frédéric Smith

Chargé de projets et historien au gouvernement du Québec. Conférencier, webmestre et éditeur adjoint du site Le Québec et les guerres mondiales. Il a publié La France appelle votre secours. Québec et la France libre, 1940-1945 (2012, Vlb éditeur), de même que trois autres ouvrages et plusieurs articles consacrés à divers aspects de l'histoire de la ville de Québec.
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