Les connaisseurs d’histoire militaire savent que le 2 décembre 1915, il y a donc un siècle, le maréchal Joseph Joffre prenait la tête de l’Armée française, tout comme on sait qu’il fut le vainqueur de la Marne. On sait aussi qu’il fut par la suite remplacé par le général Nivelle puis par le maréchal Ferdinand Foch.

Par ailleurs, les amateurs de l’histoire de Montréal savent que le maréchal Joffre s’est arrêté à Montréal en mai 1917 pour inaugurer la Bibliothèque municipale de Montréal, le bel édifice de la rue Sherbrooke, en face du parc Lafontaine.

Ce que l’on sait moins, c’est que c’est mon grand-père, le capitaine Raoul Vennat, Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre, vétéran de la bataille de Verdun qui l’accueillit à la tête d’un contingent de vétérans français, revenus du front après avoir été, pour la plupart, blessés ou gazés dans les tranchées, lors de son arrivée à Montréal à la gare Bonaventure.

Mon grand-père, qui était arrivé à Montréal au tournant du 19e siècle, officier de réserve, s’était envolé vers la France dès le début du conflit, avait combattu à Verdun,  avait été gazé et renvoyé au pays. Il était alors le fondateur des Sacs au dos, devenus par la suite l’Association des vétérans français et l’officier supérieur français dans la métropole.

C’est donc lui qui a accueilli Joffre sur le quai de la gare Bonaventure avant que celui-ci ne se dirige vers la rue Sherbrooke où le premier ministre du Québec, Lomer Gouin, le lieutenant-gouverneur Sir Pierre-Ernest Leblanc, le maire Médéric Martin et des membres de l’élite religieuse et le Tout-Montréal s’étaient déplacés pour le voir.

Ma famille conserve précieusement la photo de cette rencontre historique, que l’on peut voir au-dessus de l’article.

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat