Par Pierre Vennat
Journaliste-historien

Ce site a beau s’appeler « Le Québec et les guerres mondiales », si l’on profitait de l’accalmie de Noël pour souhaiter paix sur terre aux hommes de bonne volonté?

Bien sûr, Noël rappelle de mauvais souvenirs également. Par exemple, il y aura 70 ans à Noël cette année, Hong Kong capitulait et des centaines de militaires québécois, membres des Royal Rifles, partirent croupir près de quatre ans dans des camps de concentration japonais. Souvenons-nous d’eux. Et de tant d’autres…

Raymond Lévesque n’a pas tort, quand il chante :

Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la Terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère…
 

Bref, ce n’est pas demain que les soldats seront troubadours ni que nous verrons la paix partout dans le monde, plus d’interventions militaires comme il y en a eu en  Irak, en Afghanistan, en Lybie, plus de guerre civile au Congo, en Syrie, etc. Peu probable de voir cela de notre vivant.

Espérons quand même.

Parce que les soldats ne veulent pas que s’entretuer.

Pensons à Noël 1914. Dans la nuit du 24 décembre et durant la majeure partie de la journée du 25, plusieurs brefs cessez-le-feu non officiels ont eu lieu entre les troupes allemandes, britanniques et françaises dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, au grand dam des états-majors installés bien au chaud dans leurs quartiers généraux.

À Ypres en Belgique, les soldats français et britanniques entendirent dans leurs tranchées le « Stille nacht » qui se chante dans toutes les langues. Il était interprété par le ténor Walter Kirchhoff, à ce moment-là officier d’ordonnance dans l’armée allemande.

Les Allemands avaient placé de petits arbres de Noël devant leurs tranchées. Lentement, les soldats allemands appelèrent les soldats alliés en face à venir les rejoindre.

Le réalisateur Christian Carion a immortalisé et certainement romancé la scène dans le fameux film Joyeux Noël, un véritable chef d’œuvre cinématographique sur l’humanité qui peut subsister entre des hommes qui s’entretuent pour obéir aux ordres de leurs supérieurs. Ces soldats n’en demeurent pas moins des humains avec des épouses ou des fiancées restées à la maison, des enfants, des petits frères et des petites sœurs qu’ils espèrent revoir un jour, sans trop se faire d’espoir.

Affiche du film "Joyeux Noël", de Christian Carion

Affiche du film « Joyeux Noël », de Christian Carion

Bien sûr, si les événements retracés dans le film ont bien existé selon les archives des armées et les témoignages, il s’avère cependant que ces événements n’ont pas tous eu lieu au même endroit. Bref, le film est un récit condensé et romancé de plusieurs petites trêves vécues ici et là.

En 1915, il y eut une trêve similaire, mais à un degré moindre tandis qu’il y eut également une trêve en certains endroits pour Pâques en 1915 et 1916.

Malheureusement, les états-majors exigeaient que les hommes se battent et firent tonner l’artillerie pour disperser les troupes ennemies qui fraternisaient. Pis encore, les troupes ainsi « contaminées » pour avoir voulu célébrer la Noël sans s’entretuer ont été déplacées vers des zones de combat plus dangereuses où plusieurs ont laissé la vie.

Comme le chante si bien Raymond Lévesque, le jour où les soldats seront troubadours, nous serons tous morts, à commencer bien souvent par les troubadours envoyés à l’abattoir par leurs états-majors.

Mais il y a de l’espoir. Cette année, les militaires canadiens ayant combattu en Afghanistan et ceux, moins nombreux, qui ont participé à l’opération en Lybie contre le dictateur Khadafi, seront revenus à la maison pour festoyer en famille. Tandis que les militaires américains qui combattaient en Irak depuis l’ère Bush viennent de recevoir eux aussi un beau cadeau de Noël : ils seront de retour chez eux pour le 25 décembre.

Faisons un vœu, même si un peu utopique : souhaitons-nous tous qu’à compter de 2012, la guerre soit un objet « d’histoire » et non plus « d’actualité ».

Et que quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère…

Et que cela arrive avant que nous soyons tous morts!

Joyeux Noël à tous et bonne heureuse année 2012.

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat