par Éric Giguère

Dimanche matin, 19 août, une suite de voitures filent depuis Elbeuf en direction de Dieppe. Pressés par le temps, nous voulons arriver à temps pour la grande cérémonie sur la Place du Canada. L’arrivée dans la ville portuaire est impressionnante : les falaises qui dominent le site disparaissant en partie dans une brume épaisse, comme pour ajouter une touche solennelle aux événements à venir. Malheureusement, la magie se brise quand nous tombons sur des manèges de foire près des lieux de la cérémonie. Un camp militaire en reconstitution avec véhicules et armes d’époque vient cependant nous rappeler de quoi il est question aujourd’hui. Nous sommes venus honorer les Canadiens, mais plus particulièrement les Fusiliers Mont-Royal, tombés à Dieppe lors du désastreux raid de 1942.

Mais qui sommes-nous? Il s’agit en fait des membres de l’Association Remember 39-45, formée en 2009 afin de promouvoir le devoir de mémoire. La première réalisation de notre association s’est matérialisée à St-Martin-de-Fontenay sous la forme d’une stèle dédiée aux FMR qui ont combattu à cet endroit afin de capturer les fermes de Beauvoir et Troteval, fermement tenues par des unités d’élite de l’Armée allemande. L’année suivante, nous complétions le site en y ajoutant une table d’interprétation. Cette année, nous avions tenu une cérémonie intimiste le 18 août, espérant compter sur la participation d’une délégation du Régiment avec lequel nous entretenons maintenant des liens très solides. Malheureusement trop pris par les cérémonies de Dieppe, les FMR n’ont pu se joindre à nous, mais le Commandant Francis Roy avait quand même eu l’obligeance de nous faire parvenir un mot à lire en son nom et nous l’en remercions chaleureusement. La célébration était doublement émotive cette année puisque l’Association déplorait la perte de son président Alain Tagnon, décédé plus tôt cette année.

Nous nous dirigeons donc vers la Place du Canada mais, déception, vu la participation de nombreux notables, des barrières ont été érigées et seuls ceux qui se sont pointés rapidement peuvent apprécier le spectacle à distance. Les autres doivent se résigner à essayer de se tenir sur la pointe des pieds à moins d’avoir été dotés d’échasses à la naissance. Le soleil brille maintenant de tous ses feux et, bien vite, il devient difficile de faire le pied de grue sous cette chaleur accablante. Je ne peux que lever ma casquette des FMR à tous ces militaires en uniformes et ces politiciens en veston-cravate. Nous préférons quant à nous aller nous rafraîchir sur une petite terrasse en attendant la parade. En effet, un défilé avec fanfare, vétérans, militaires de rang, scouts, etc. s’arrête devant chaque stèle érigée pour les Canadiens sur la route qui domine la plage de galets. Une foule nombreuse s’est massée tout le long du parcours et acclame les vétérans qui acceptent humblement cet hommage.

 Affamés, nous quittons le site alors que les festivités continuent sous un chapiteau. Je constate qu’il est dommage qu’une estrade n’ait pas été installée pour le public. À la limite, un écran géant aurait pu nous convaincre que nous n’avions pas été totalement négligés. Malgré tout, je conserve un excellent souvenir de ma visite à Dieppe, ne serait-ce que pour avoir vu de mes yeux l’endroit où mes compatriotes ont essayé de percer les solides défenses allemandes. L’amour que semble porter la population dieppoise au peuple canadien me touche également droit au cœur. Nous retournons vers les voitures, mais pas avant que j’aie ramassé un galet sur la plage, souvenir impérissable de mon passage sur la plage où tant des nôtres ont péri.

Éric Giguère

Passionné d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, Éric Giguère a parcouru les côtes de la Normandie à plusieurs reprises. Il travaille présentement à la publication de son premier roman.
Éric Giguère

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