Par Pierre Vennat
Journaliste-historien

En octobre 1941, le major Élizabeth Smellie, membre du corps médical de l’armée active, vint expliquer à Montréal qu’elle s’était vue confier la tâche d’organiser une « unité féminine d’élite » au sein de l’armée canadienne.

On recherchait notamment des sténographes, des cuisinières des aide-dentistes, des chauffeures, des dessinatrices, des aides de laboratoires, des bibliothécaires, des mécaniciennes et des filles de tables. Les cours, promettait-on, seraient donnés dans les deux langues. Bref, il y aurait des cours en français pour les francophones.

Personnel non identifié de la Canadian Women’s Army Corps, au Centre d’entraînement de base no.3 de Kitchener, en Ontario.

La nouvelle unité comptait déjà 150 membres recrutés dans tout le pays, dont 12 Montréalaises de langue anglaise et deux francophones, Suzanne Masson-Simard et Madeleine Fortin. C’est à une Canadienne française, la major Cécile Bouchard, fille du sénateur Télesphore-Damien Bouchard, de Saint-Hyacinthe, qu’on confia le commandement en second du Corps auxiliaire féminin de l’armée canadienne (CWAC).

C’est ainsi qu’on vit des femmes en uniforme dans les bureaux de l’administration, dans les laboratoires, au volant de camions, à la conduite de motocyclettes, dans les cuisines, dans les mess. Ces femmes permettaient aux hommes d’accomplir d’autres tâches, d’accepter des travaux demandant un effort physique plus grand.

Les recrues du CWAC suivaient un entraînement d’un mois à Sainte-Anne-de-Bellevue, où elles apprenaient les règlements, les traditions et l’étiquette de l’armée. Celles qui voulaient devenir officiers devaient suivre en plus un entraînement spécial et être soumises à une discipline des plus sévères.

Infirmière pendant les deux guerres mondiales, Elizabeth Smellie fut la première femme à devenir colonel dans l’Armée canadienne.

Le sergent Marie Frémont donnait un cours de premiers soins en français. Le sergent Thérèse Mercier servait également comme instructeur, tout comme le sergent Yvonne Lantagne, responsable francophone du cours de cartographie. Le lieutenant Marcelle Delage commandait un peloton et la caporale  Rose Roy agissait come assistante du quartier-maître.

Toutefois, il ne faudrait pas surestimer la participation des Canadiennes françaises aux unités féminines de l’armée. À la mi-avril 1942, au centre d’entraînement du CWAC à Sainte-Anne-de-Bellevue, sur 172 auxiliaires du CWAC, on ne comptait que 12 Canadiennes françaises à l’entraînement au Collège Macdonald.

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat