Le pétrole a joué un rôle stratégique complexe durant la Seconde Guerre mondiale, oscillant entre nécessité vitale et logistique défaillante.
Cet article est un résumé d’un article paru dans Le Devoir le 4 mai 2026. Lire l’article original
Le conflit mondial de 1939 à 1945 est souvent raconté en termes de batailles, de territoires ou d’idéologies, mais l’essai de l’historien Daniel Feldmann explore une autre facette essentielle : la dépendance au pétrole. Cet ouvrage innovant éclaire comment la « soif d’essence » des belligérants a influencé le déroulement de la guerre. L’ingénieur de formation rappelle la paradoxale faible portée tactique de l’or noir, malgré son importance stratégique. Il illustre ainsi comment les ressources pétrolières roumaines ont alimenté les blindés allemands durant le blitzkrieg, tandis que la panne sèche près de Moscou en 1941 bloquait une avancée cruciale.
« Certaines unités en pointe ont manqué d’essence, mais globalement l’Allemagne disposait de carburant. Le problème était sa localisation, souvent trop éloignée du front russe », explique Feldmann. Cette défaillance logistique a contribué à l’échec de l’opération Barbarossa, alors même que la résistance soviétique s’est renforcée, inversant le cours du conflit. Par ailleurs, la conquête stratégique des champs pétrolifères du Caucase fut un objectif prioritaire pour Hitler, sans que l’Allemagne parvienne toutefois à s’en emparer pleinement.
« En 1942, Hitler était persuadé qu’il lui fallait le pétrole du Caucase pour gagner la guerre. Or il n’obtient pas ce pétrole, et ça ne provoque pas l’effondrement de l’Allemagne. Il se passe donc quelque chose d’autre. »
Au-delà des campagnes militaires, l’essai souligne aussi l’incapacité du régime nazi à exploiter efficacement ses propres ressources pétrolières, contrairement à ce que l’on pourrait croire. L’Allemagne, malgré une production domestique suffisante, a laissé de côté son pétrole au profit d’investissements dans le carburant synthétique, conséquence d’une alliance étroite entre l’État et certaines industries privées. La nationalisation du pétrole, outil puissant de contrôle économique, fut délibérément évitée par les nazis. Feldmann illustre ainsi comment des considérations économiques, industrielles et politiques ont façonné la gestion de cette ressource stratégique.
L’ouvrage retrace également comment le rôle géopolitique du Moyen-Orient restait encore embryonnaire à l’époque, et comment la guerre a précipité l’intérêt pour ses réserves pétrolières, aujourd’hui au cœur des enjeux mondiaux. En somme, l’histoire du pétrole pendant la Seconde Guerre mondiale révèle un rapport complexe entre la logistique, la tactique militaire et les choix politiques, qui ont largement influencé la durée et l’issue du conflit.
