La Bataille De Gaulle : Résistance, un grand film historique

Une journée privilégiée en compagnie des artisans d'une œuvre qui fait revivre les débuts de la France libre.

Hier soir, j’ai eu le plaisir d’assister à la première québécoise de La Bataille de Gaulle : Résistance au Clap Sainte-Foy. La journée avait d’ailleurs commencé de belle façon puisque le consul général de France à Québec, M. Éric Lamouroux, avait réuni autour d’un dîner le réalisateur Antonin Baudry, la coscénariste Bérénice Vila et l’acteur Simon Abkarian afin d’échanger avec quelques historiens et chercheurs québécois intéressés par le sujet. J’ai eu le privilège d’en faire partie en raison d’un ouvrage publié en 2012 à propos du Comité France libre de Québec, qui porte précisément sur les années couvertes par ce premier volet (et par sa suite, qui prendra l’affiche en septembre au Québec).

Les échanges ont été passionnants. On sent rapidement que le film repose sur une recherche historique sérieuse, notamment inspirée de l’excellente biographie de Charles de Gaulle écrite par l’historien Julian Jackson.

La Bataille de Gaulle : Résistance raconte les premières années de la France libre, de l’appel du 18 juin 1940 jusqu’au tournant de la guerre en 1942, après la libération des territoires français de l’Afrique du Nord. On y suit un Charles de Gaulle encore peu connu, qui refuse l’armistice, s’installe à Londres et tente, envers et contre tous, de bâtir un mouvement appelé à incarner la France combattante. On y découvre aussi la relation complexe que de Gaulle entretient avec le premier ministre britannique Winston Churchill. En parallèle, le film nous fait découvrir Fernand Bonnier de La Chapelle, un jeune Français de 19 ans qui bascule rapidement dans la Résistance et dont le destin prendra une importance particulière.

J’ai été particulièrement ému de voir prendre vie à l’écran les débuts de la France libre à Londres. Ces événements constituent le contexte de mon propre ouvrage, qui raconte notamment comment la Franco-Algérienne Marthe Simard fonde le Comité France libre de Québec, dans la foulée de l’appel du 18 juin.

Dès notre rencontre au consulat, Simon Abkarian m’a semblé un excellent choix pour incarner le général de Gaulle. Dans un film biographique, il est si facile de décrocher lorsque l’acteur ne ressemble pas à son personnage ou peine à le rendre crédible. Sa prestation est toutefois remarquable. Il a non seulement le physique de l’emploi, mais, comme il me l’a raconté, il a longuement étudié les intonations si particulières du général. De Gaulle appuyait souvent, de manière inattendue, certains mots plutôt que d’autres afin de donner davantage de force à son propos.

Au premier abord, certains spectateurs pourraient aussi trouver que Simon Abkarian accentue les gestes et les attitudes du général. Pourtant, il ne s’agit pas d’une caricature. Charles de Gaulle possédait réellement une gestuelle très particulière, souvent notée par ses contemporains d’ailleurs : des mouvements amples et une façon presque théâtrale d’accompagner son propos. L’acteur a eu l’intelligence de ne pas gommer cette singularité, ce qui contribue beaucoup à la crédibilité de son interprétation.

Les critiques françaises ont généralement salué l’ambition du projet, son souffle et sa volonté de présenter un de Gaulle encore en devenir plutôt que le personnage historique figé dans la mémoire collective. Certains ont trouvé que l’intrigue parallèle consacrée à Fernand Bonnier de La Chapelle ralentissait parfois le récit. Pour ma part, j’ai trouvé qu’elle apportait une perspective humaine intéressante sur cette période. Le film met notamment en scène la manifestation étudiante du 11 novembre 1940 à Paris, ce qui fera dire à De Gaulle/Abkarian qu’il faut bien des lycéens pour s’insurger contre l’occupation allemande de Paris, alors que certains des hommes qui se trouvent devant lui peinent à lever le petit doigt.

J’ai par ailleurs beaucoup apprécié la direction artistique, qui intègre à quelques reprises de véritables images d’archives. Le film n’est pas un huis clos, il ne se limite pas aux discussions stratégiques du quartier général de la France libre, installé au 4 Carlton Gardens, à Londres. C’est aussi un véritable film de guerre, porté par des moyens importants qui rendent les scènes de combat particulièrement convaincantes.

La séquence consacrée à Bir Hakeim est d’ailleurs à mon avis l’un des grands moments du film. Au printemps 1942, les Forces françaises libres du général Kœnig résistent pendant seize jours aux offensives germano-italiennes dans le désert libyen, face à des forces très supérieures en nombre. Cette résistance héroïque permet aux forces britanniques de se replier et marque durablement la réputation militaire de la France libre.

Bien sûr, il est impossible de raconter en 2 h 40 les deux premières années de la France libre sans simplifier certains événements ou en condenser d’autres. Ces raccourcis m’ont toutefois semblé intelligents et toujours au service du récit, notamment dans la façon de présenter le ralliement de certaines personnalités et militaires français à la cause de la France libre.

Je sors de cette projection avec une seule envie, celle de voir la suite. La Bataille de Gaulle : Libération prendra l’affiche au Québec le 11 septembre prochain. Si elle est à la hauteur de ce premier volet (et les échos en provenance de France sont très encourageants), nous aurons droit à une fresque historique de grande envergure.

Merci à Immina Films pour cette invitation à la première québécoise ainsi qu’au Consulat général de France à Québec pour cette belle occasion de rencontre avec les artisans du film.

Ce premier volet du diptyque La Bataille De Gaulle sera à l’affiche partout au Québec dès le 14 août.

Frédéric Smith

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page