Le livre « Le Projet N » dévoile un pan méconnu et troublant de l’histoire canadienne lié à la Seconde Guerre mondiale.
Cet article est un résumé d’un article paru dans Le Devoir le 9 mai 2026. Lire l’article original
Yves Bernard et Vincent Frigon, deux Québécois passionnés d’histoire, ont exhumé l’un des secrets militaires les plus dérangeants de la Seconde Guerre mondiale : un programme secret de développement d’armes biologiques implanté à Grosse-Île, un lieu symbolique du Saint-Laurent longtemps associé à la quarantaine des immigrants irlandais au XIXe siècle. Leur enquête, riche en archives inédites et en témoignages, révèle qu’entre 1942 et 1944, des scientifiques canadiens, britanniques et américains ont mené des recherches top secrètes visant à développer des armes biologiques à base d’anthrax, sous la houlette des Alliés. Ce programme, baptisé « Projet N », témoigne d’une facette peu connue de la guerre, où s’est jouée une course effrénée en parallèle à celle de la bombe atomique ou de la machine Enigma.
Le livre s’apparente à un thriller historique, retraçant avec rigueur les multiples facettes de cette opération clandestine, renforcée par une documentation composée de correspondances militaires, notes scientifiques, et photographies. Il expose également les craintes des chercheurs face aux dangers d’une contamination massive, ainsi que l’ambition parfois démesurée des figures politiques, notamment Winston Churchill.
Cette page longtemps occultée de l’histoire canadienne montre jusqu’où les puissances étaient prêtes à aller dans la logique de la guerre totale.
Bien que l’ouvrage n’aborde pas autant qu’on voudrait les questions éthiques et environnementales entourant ces armes biologiques, il démontre que la synthèse de 439 litres d’anthrax à Grosse-Île aurait pu provoquer une catastrophe humaine dévastatrice. Ce travail approfondi constitue ainsi un apport essentiel pour comprendre un aspect méconnu et inquiétant de la participation canadienne à la guerre, mêlant histoire, secrets d’État et enjeux contemporains.
Vincent Frigon et Yves Bernard écrivent ainsi un essai dense et captivant, fruit d’une longue investigation, qui remet en lumière les zones d’ombre d’une époque où le risque de guerre biologique planait au-dessus du fleuve Saint-Laurent et au cœur même du Canada.
