Durant la Seconde Guerre mondiale, l’usine d’Arvida au Saguenay joue un rôle crucial dans l’économie canadienne, notamment par sa production d’aluminium destinée à l’effort de guerre.
Cet article est un résumé d’un article paru dans Le Devoir le 12 mai 2026. Lire l’article original
L’industrie de l’aluminium constitue un pilier économique du Saguenay dès le début du XXe siècle, grâce aux infrastructures hydroélectriques de la région. Dans les années 1920, de puissants industriels américains s’affrontent pour obtenir les droits d’exploitation des cours d’eau et des terrains, dont ceux d’Arvida, lieu où la ville et l’usine Alcan prennent forme en 1926. Ce développement rapide propulse le Canada au rang de deuxième producteur mondial d’aluminium, avec l’usine d’Arvida au cœur d’une industrie nationale et internationale influente, qui s’intensifie encore pendant la guerre, car ce métal est essentiel à la fabrication d’armements et avions.
Reconnaissant l’importance stratégique d’Arvida, le gouvernement canadien déclare l’usine « industrie de guerre » en 1939, protégeant le site par une présence militaire et des canons anti-aériens. Le ministère du Travail interdit toute grève sans commission de conciliation préalable, rendant illégale toute action de ce genre. Pourtant, au mois de juillet 1941, insatisfaits par le non-respect des promesses salariales, notamment du retard et de la suppression de certaines primes ainsi qu’une taxe imposée pour la Défense nationale, les ouvriers déclenchent une grève massive impliquant jusqu’à 7 700 personnes, incluant les travailleurs de la construction voisine.
« Le peu d’expérience politique des ouvriers ainsi que l’absence d’organisateurs combatifs ont empêché de proposer rapidement une direction différente, plus combative, face à l’employeur et l’État. »
Cette grève se déroule sous une stricte censure médiatique et une forte répression policière et militaire, mobilisant chars d’assaut et policiers pour déloger les piquets. Sous la pression des autorités et face à un rapport de force défavorable, les syndicalistes modèrent la contestation, organisent un vote qui décide du retour au travail et relancent des négociations. Cette situation illustre la tension entre les intérêts stratégiques de l’État en temps de guerre et la lutte ouvrière pour de meilleures conditions dans une industrie clé, tout en montrant comment l’État et les employeurs ont su limiter l’impact social pour maintenir la production industrielle cruciale.
