Par Sébastien Vincent
Texte inédit
Nous disions dans un précédent article, que « le pourcentage des généraux et officiers supérieurs francophones (lieutenant-colonel et plus) de l’armée de terre s’élèvait tout au plus à 8.1% au moment de la démobilisation, soit la proportion enregistrée dans la Milice avant la guerre ».
Voici le portrait d’un haut gradé canadien-français.
En 1933, Jean Victor Allard devient sous-lieutenant de milice active non permanente au sein du Régiment de Trois-Rivières (le futur 12e Régiment blindé du Canada), puis il est promu capitaine.
Enrôlé volontaire en 1939, Jean V. Allard voit sa carrière militaire prendre son envol pendant la Seconde Guerre mondiale. Lorsque le Régiment de Trois-Rivières est appelé à devenir une unité blindée anglophone, il demande son transfert à l’infanterie et œuvre au Collège d’état-major de l’armée canadienne à Kingston.
Il passe en Angleterre et devient, pour quelques semaines, le commandant en second du régiment de la Chaudière en août 1943. Il succède au major Paul Garneau en tant que commandant en second du R22eR à compter du 23 août. Le régiment se trouve alors en Sicile.
Promu au grade de lieutenant-colonel, il commande le R22eR entre janvier 1944 et janvier 1945, puis la 6e brigade d’infanterie de la deuxième division du corps d’infanterie canadien en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.
Il termine la guerre avec le grade de brigadier général, fait rare pour un Canadien français.
De 1961 à 1963, il commande la 4e division de l’Armée britannique du Rhin, accomplissement exceptionnel pour un militaire canadien, toute langue confondue. De 1966 à 1969, il devient le premier Canadien français à occuper la fonction de Chef d’état-major de la défense du Canada. À ce titre, il doit réaliser l’unification de l’armée, de l’aviation et de la marine canadiennes malgré de fortes résistances internes. Il demande la garantie que sera formé un comité d’étude sur la place des francophones dans les forces armées et que sera assurée l’égalité des chances d’avancement de ces derniers au sein de la hiérarchie militaire.
On lui doit la désignation de Bagotville comme base aérienne francophone, l’instauration d’un destroyer comme unité navale francophone et l’établissement du Collège militaire royal de Saint-Jean. Il prend sa retraite des Forces en 1969.
Pour ses faits de guerre, le général Allard a reçu l’Ordre du service distingué à trois reprises, ce qui est extrêmement rare, la Croix de guerre et la Légion d’honneur de France, le Lion de Bronze des Pays-Bas. En plus d’être compagnon de l’Ordre du Canada et commandant de l’Ordre de l’Empire britannique, il a reçu des doctorats honoris causa de cinq universités canadiennes pour services rendus dans plusieurs milieux dont le milieu universitaire.
Le nom du mont du Général-Allard (640 m) situé sur la base militaire de Valcartier dans la région de Québec et celui du manège militaire de Trois-Rivières qui accueille le 12e Régiment blindé rappellent sa mémoire.
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Ceux qui veulent en savoir sur le général Jean-Victor Allard peuvent lire ses Mémoires, publiées en 1985 aux Éditions de Mortagne, en collaboration avec l’historien Serge Bernier (directeur de Direction-Histoire et Patrimoine de la Défense nationale du Canada). Un bouquin de 533 pages. (Pierre Vennat)
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Étant natif de Trois-Rivières, j’ai connu le Général Allard vers 1934. Plus tard alors que j’étais dans la Marine Canadienne, je me suis lié d’amitié. avec le Général, et comme Officier Commandant du RCSCC »Radisson » il venait nous rendre visite tous les vendredis soirs a notre local (nous avions acheté une école) avant la construction de la base NCSM Radisson sur l’Ïle St-Christophe pour l’unité de réserve a Trois-Rivièeres. en 1986 et nous passions des heures a discuter avec lui. Un homme charmant et facile d’apporche avec toujours cette pointe d’humour a transmettre. Nous pourrions en parler longtemps. Il était le frère Madame Anais Allard Rousseau, co-fondatrice des Jeunesses Musicales du Canada, dont je fus pour quelques années le président.
Robert Grenier (Lieut. RCNR ret.)
Le général Allard était lui-même musicien et chanteur et songea même à en faire une carrière. Dans ses mémoires, publiés avec la collaboration de l’ancien directeur de la Direction Histoire et Patrimoine de la Défense nationale, Serge Bernier, il raconte qu’il avait d’abord étudié la musique avec madame Vertefeuille. Par la suite, ce sera avec Rodolphe Plamondon, qui rentrait d’Europe. Le général Allard adorait le chant et la musique: mes professeurs se faisaient d’ailleurs très encourageants. Rapidement, devant l’impossibilité de faire carrière, il mit fin à cette activité. Il lui aurait fallu, pour penser vivre de cet art, partir pour New York. Mais la pension lui aurait coûté plus cher que ce qu’il éventuellement pu gagner avec les choeurs du Metropolitain. Il n’existait pas non plus de bourses d’études qui lui auraient permis de poursuivre.
Malgré tout, Jean-Victor Allard se produisit en public dans des récitals de fin d’année scolaire. Puis avec sa soeur Germaine, qui avait une très belle voix, dans des salles de concerts et sa soeur Anaïs, qui elle enseignait le piano, les accompagnait et les encourageait. Plus tard, avec des amis, il fera partie d’un quatuor. En fait, il continua bienlongtemps de chanter et jusque vers la fin de 1932,souvent comme soliste. Parallèlement, il fit un peu de théâtre amateur et fut même pendant trois ans trésoier de la troupe des Compagnons de Notre-dame.
Comme quoi on peut être militaire, musicien et mélomane. La musique n’adoucit-elle pas les moeurs?
Pierre Vennat
Historien militaire
P.S. Mon propre père, mort officier commando avec les Fusiliers Mont-Royal lors du raid de Dieppe en 1942, était dans la vie civile avant la Deuxième Guerre, violoncelliste et membre du premier Orchestre symphonique de Montréal. Comme quoi…
Bonjour. C’est mon père qui a peint le portrait du
général Allard. Il s’appelait Roger Borkos