Par Frédéric Smith
Texte inédit

Aux grandes commémorations nationales se greffent quantité d’initiatives locales souvent moins connues du grand public. En Normandie par exemple, chaque village semble posséder sa plaque ou son monument en l’honneur de tel régiment américain, canadien ou britannique venu repousser l’occupant. Dans l’ombre des grands sites commémoratifs qui longent les côtes normandes, ces lieux de mémoire marient humilité et sincérité.
 
Les lecteurs de ce blogue seront peut-être intéressés d’apprendre que certaines initiatives d’apparence locale se révèlent parfois le fruit d’une collaboration internationale facilitée par les nouvelles technologies. C’est le cas notamment d’un lieu de mémoire aménagé à la ferme Troteval à Saint-Martin-de-Fontenay (8 km au sud de Caen), en hommage au sacrifice des Fusiliers Mont-Royal.
 
Grâce à l’initiative d’une jeune association de Français, de Belges et de Canadiens animés par le devoir de mémoire et regroupés autour du forum Le Monde en Guerre, la ferme de Troteval propose depuis le 6 juin dernier un lutrin d’interprétation relatant la coûteuse résistance de ce régiment canadien-français entre les 20 et 23 juillet 1944, face à un ennemi supérieur en nombre. Ce lutrin agit désormais en complément d’un monument inauguré un an plus tôt par cette même association de passionnés d’histoire.
 
Décimés lors du raid de Dieppe le 19 août 1942, les Fusiliers Mont-Royal (FMR) reposent le pied sur le sol français le 7 juillet 1944 et sont rapidement envoyés en renfort aux Queen’s Own Rifles of Canada au sud de l’aérodrome de Carpiquet. En support à l’opération Goodwood lancée le 18 juillet pour dégager Caen, l’opération Atlantic requiert la participation des FMR qui ont pour mission de s’emparer d’un axe formé par les fermes Beauvoir (Cie B) et Troteval (Cie C) à St-Martin-de-Fontenay, ainsi que du hameau de Verrières plus au sud (Cie D).
 
Le 20 juillet, les trois compagnies reçoivent l’ordre d’avancer à moins de 150 m d’un barrage roulant d’artillerie, ce qu’ils accomplissent avec succès. Mais le 21, laissés à eux-mêmes et encerclés par la 12ème Panzer SS, les FMR essuient de lourdes pertes et voient leurs compagnies B et C totalement anéanties. Leur résistance fera tout de même gagner de précieuses heures aux bataillons de réserve qui reprendront définitivement les fermes de Beauvoir le 24, et de Troteval le 25.
 
Il ne subsiste qu’un mur original de l’ancienne ferme de Troteval, toujours propriété de la famille Frimout qui l’exploitait déjà en 1944. Plusieurs impacts de balles sur ce mur attestent d’ailleurs de la violence des combats qui s’y sont tenus. C’est à l’ombre de ce mur, le long de la D89, qu’a été inauguré un lutrin d’interprétation le 6 juin dernier en présence de deux représentants des FMR, le capitaine Jean Monette et le sergent Mario Castonguay, tous deux vétérans de la campagne d’Afghanistan. Une trentaine de membres de l’association à l’origine du projet, dont l’auteur de ces lignes, s’étaient aussi déplacés pour l’occasion.
 
 
 
NormandieTroteval

Grâce à l’initiative des membres du forum Le Monde en Guerre, un monument et un lutrin d’interprétation rappellent désormais le sacrifice des Fusiliers Mont-Royal à Troteval, commune de Saint-Martin-de-Fontenay en Normandie. Le drapeau canadien a été gracieusement offert par le parlement d’Ottawa. Photo : Frédéric Smith.

 

Frédéric Smith

Coéditeur et webmestre chez Le Québec et les guerres mondiales
Historien, auteur, conférencier, conseiller à la commémoration et à la mise en valeur du patrimoine pour la Ville de Québec, webmestre et éditeur adjoint du site Le Québec et les guerres mondiales depuis 2010. Il a publié La France appelle votre secours. Québec et la France libre, 1940-1945 (2012, Vlb éditeur), de même que plusieurs ouvrages et articles consacrés à divers aspects de l'histoire de la ville de Québec.
Frédéric Smith