Deux ouvrages québécois disponibles

Sujet peu connu en France, le sort des prisonniers allemands a fait l’objet de deux ouvrages parus au Québec depuis 1995.

Dans Trop loin de Berlin. Des prisonniers allemands au Canada, 1939-1946 (Septentrion, 1995), le journaliste Yves Bernard et la photographe de presse Caroline Bergeron, aborde le sujet en profondeur à partir de documents inédits et de témoignages oraux et écrits. Au cours du conflit, le Canada a accueilli environ 35 000 prisonniers de guerre allemands sur son territoire. Pendant plus de six ans, à la demande du gouvernement britannique, les autorités canadiennes ont administré des camps disséminés un peu partout au pays, mais principalement au Québec et en Ontario. Les camps de Farnham, Sherbrooke, Grande Ligne, Trois-Rivières, Bowmanville et Angler ont ainsi fait partie d’un vaste réseau d’une vingtaine de camps mis en place par l’armée canadienne. Cette enquête historique est accompagnée d’une superbe iconographie.

En 2010, Athéna Éditions a publié la traduction en français du livre de Martin Auger. Dans Prisonniers de guerre et internés allemands dans le sud du Québec (1940-1946), l’historien analyse le fonctionnement des cinq camps d’internement pour prisonniers et internés allemands dans le sud du Québec, soit ceux de Farnham, Grande Ligne, Ile-aux-Noix, Sherbrooke et Sorel. Plus spécifiquement, il se penche sur l’histoire de l’internement, la planification et la mise en œuvre des mesures d’internement dans le sud du Québec, ainsi que sur les programmes de mise au travail et d’éducation conçus à l’intention des détenus. Un livre solide.

 

Un ouvrage de l’auteur des documentaires Apocalypse

Daniel Costelle, l’auteur des documentaires historiques Apocalypse et Hitler réalisés avec Isabelle Clarke, propose une plongée au cœur d’une page méconnue de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale : plus de 380 000 prisonniers allemands capturés par les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale ont été envoyés dans les camps d’internement aux États-Unis.

Daniel Costelle soutient que les autorités ont laissé proliférer l’idéologie nazie dans ces camps. Les soldats allemands les plus fanatiques ont voulu croire jusqu’au bout à la victoire du Reich et mettaient à mort les traîtres, ceux qui se comportaient en vaincus. Pour arrêter les assassinats en série, il a fallu les séparer.

Ici, les nombreux  témoignages oraux de soldats et de civils allemands et américains rencontrés dans les années 1970 remplacent l’image. Daniel Costelle raconte la vie quotidienne dans les camps en s’attardant grandement sur l’idéologie qui s’y déployait.

Véritable document d’histoire qui s’inscrit dans la continuité de la grande série ApocalypsePrisonniers nazis en Amérique est préfacé par l’historien Jean-Paul Bled, et est mis en perspective par le colonel Frédéric Guelton, ancien chef du département de l’armée de terre du Service historique de la défense, qui analyse le statut des prisonniers dans les conflits.

Sébastien Vincent

Enseignant, historien et conférencier. Fondateur et éditeur du site "Le Québec et les guerres mondiales". Ses travaux portent sur le Canada, le Québec et la Seconde Guerre mondiale. Collaborateur au journal Le Devoir, il a publié Ils ont écrit la guerre (2010, Vlb éditeur) et Laissés dans l'ombre. Les Québécois engagés volontaires de la guerre 39-45 (2004, Vlb éditeur, finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général, 2005).
Sébastien Vincent