La triste fin de Jean-Paul Archambault.

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Quelques officiers canadiens-français, membres du SOE, ont servi en Asie derrière les lignes japonaises, après avoir fait de même en Europe. L’un d’eux, le capitaine Jean-Paul Archambault, y a même laissé la vie.

Jean-Paul Archambault

Archambault, un ancien inspecteur des postes de Montréal, avait 38 ans en 1945, lorsqu’il perdit la vie en Birmanie. Il avait été décoré de la Croix Militaire (MC) pour sa bravoure derrière les lignes allemandes en France.

Après avoir servi dans le Corps postal de l’armée canadienne de 1939 à 1942, Archambault se porta volontaire pour connaître plus d’action. On lui fit subir un entraînement spécial au Canada à un endroit connu sous le nom de Camp X. On le désigna ensuite pour être parachuté en France.

Parachuté dans la région de Lyon en avril 1944, Archambault parvint à former trois groupes de saboteurs que la propagande allemande appelait des « terroristes » et les gaullistes, des « résistants ». Le groupe le plus important comptait 250 hommes.

Une fois la libération de la France entamée, Archambault partit en mission secrète sur le front asiatique. Il poursuivit ses exploits en Malaisie et en Birmanie. Arrivé à Bombay, en Inde, à la mi-février de 1945, il subit un entraînement spécial pour combattre dans la jungle. Il fut formé par l’Eastern Warfare Training School, à Kharakvasla, en Inde.

Au sein d’un groupe baptisé Force 126, sa mission était quasi impossible. Il devait en effet encourager et soutenir la résistance de la population envers les Japonais dans des régions où, si on détestait les Nippons, on détestait encore peut-être plus les colonialistes blancs.

Bref, Archambault devait lutter en territoire hostile qui présentait des problèmes de communication et de logistique considérables. En un mot, il était presque laissé à lui-même derrière les lignes ennemies. Archambault se trouva également aux prises avec un environnement physique difficile : insectes, végétation, animaux sauvages, tout se liguait contre lui et ceux qui voulaient l’aider. Parachuté en Birmanie derrière les lignes japonaises en avril 1945, Jean-Paul Archambault ne devait jamais revenir vivant.

Le général britannique William Slim avançait vers Rangoon, la capitale birmane, toujours occupée par les Japonais. Archambault et son groupe avaient reçu comme mission de harasser les Japonais et de recueillir le plus de renseignements sur leurs déplacements, en se rendant directement en territoire ennemi.

Participant aux opérations de guérilla, l’ancien inspecteur postal montréalais devait également faire sauter des installations ennemies. Il transportait donc des charges importantes de dynamite avec lui. La chaleur endommagea son matériel.

Le 17 mai 1945, alors que la guerre était déjà terminée et gagnée en Europe, où il avait fait plus que sa part, Jean-Paul Archambault, qui tentait d’arracher la victoire aux Japonais, nettoyait ses bâtons de dynamite dans sa tente, quelque part dans la jungle birmane. On ne sait trop ce qui arriva au juste, mais en manoeuvrant les bâtons, la dynamite éclata, la tente vola en éclats et Archambault fut déchiqueté.

Grièvement blessé, ne pouvant recevoir de soins en cet endroit reculé, Archambault agonisa pendant de longues heures avant d’expirer.

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat