Par Pierre Vennat
Texte inédit

À la fin de juin 1942, à l’occasion de la Semaine de l’armée, le Service des relations publiques de l’armée fit le point sur la participation des Canadiens français à la vie de l’armée après trois ans de guerre.
 
Le major-général Léo Richer La Flèche, sous-ministre des Services nationaux de guerre et un des rares francophones à détenir ce rang au sein de l’armée canadienne déclara que d’octobre 1940 à avril 1942, le nombre de mobilisés qui avaient été jugés aptes au service avait été de 120 305 hommes et de ce nombre, 35 831 avaient été formés par des officiers et instructeurs de langue française.
 
On avait dressé un bilan à peu près complet de la place occupée par les Canadiens français à l’époque au sein de l’armée. On faisait remarquer qu’à l’école des officiers de Brockville, en Ontario, là où se donnait pendant trois mois des cours d’officiers, 45 des 175 instructeurs étaient des Canadiens français, à commencer par le commandant en second du camp et chef instructeur francophone, le lieutenant-colonel E. A. Blais, Croix militaire (M.C.). Blais devait par la suite être promu brigadier général durant les hostilités.
Les candidats de langue française venaient d’un peu partout au Canada, autant des provinces de l’Ouest que des Maritimes, mais le plus grand nombre, bien sûr, provenaient des districts militaires de Montréal et de Québec. En juin 1942, on estimait que près de 600 officiers francophones étaient passés par Brockville avant d’avoir été brevetés. Beaucoup d’entre eux avaient auparavant séjourné deux mois à l’école de cadets-officiers de Saint-Jérôme, alors commandée par le lieutenant-colonel Georges Francoeur.
 
Par ailleurs, à Mégantic, en Estrie, un officier canadien-français, le lieutenant-colonel L.-P. Cliche du régiment de la Chaudière, commandait la seule école de sous-officiers du Canada, qui recevait des candidats de toutes les parties du pays. Soixante pour cent des instructeurs de cette école étaient de langue française. Enfin, dans chacun des 31 centres d’instruction supérieure du pays, où s’enseignaient quinze spécialités différentes, on avait désigné un instructeur bilingue par spécialité.
 
Un officier avait pour fonction principale de diriger l’instruction bilingue, de s’assurer qu’il y avait un nombre suffisant d’instructeurs bilingues proportionnellement au nombre de recrues de langue française, de conseiller le commandant dans tout ce qui avait trait au français, de conseiller le commandant dans tout ce qui avait trait au français, de servir d’intermédiaire entre le groupe francophone, les autorités militaires et le groupe anglophone. Un officiel du Royal 22e Régiment, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, le major Jean Lafontaine, remplissait un rôle analogue à celui joué par la Direction de l’instruction au quartier général de la Défense nationale à Ottawa.
 
Outre les lieutenants-colonels Cliche et Blais, les autres instructeurs en chef de langue française étaient alors :
 
  •  le major H. Bastien, de la liste spéciale d’officiers de Montréal à l’École spéciale de North Bay, en Ontario;
  • le major A. G. V. Laverdure, de la 30e compagnie de réserve, à Ottawa, instructeur-chef pour le génie à Petawawa;
  • le major Paul Sauvé, des Fusiliers Mont-Royal, futur brigadier général et futur premier ministre du Québec, instructeur chef de l’infanterie au camp de Farnham;
  • le major C Lavallée, du Régiment de Châteauguay, instructeur-chef des mitrailleurs à Trois-Rivières;
  • le major J.-E.-R. Roberge, du Corps canadien de l’intendance, instructeur-chef de l’intendance, à Lévis;
  • le major S. Perron, de l’Artillerie à Québec, instructeur-chef de la Défense côtière à Halifax, en Nouvelle-Écosse;
  • le capitaine C.-L. Grégoire, des Fusiliers de Sherbrooke, instructeur-chef des armes particulières à Long Branch, en Ontario;
  • le capitaine de La Plante, du régiment de Maisonneuve, instructeur-chef des véhicules automobiles à Woodstock, en Ontario;
  • le capitaine H. Dandurand, de la liste générale des officiers à Montréal, instructeur-chef des métiers militaires à Hamilton, en Ontario;
  • le major V. Harton, du Régiment de Montmagny, instructeur-chef de l’administration à Sainte-Marguerite.

Le poste d’instructeur-chef des magasins militaires à Barriefield en Ontario restait à combler.

Au 1er juin 1942, plusieurs officiers canadiens-français étaient attachés aux quartiers généraux de la Défense nationale à Ottawa, à commencer par le major général Thomas-Louis Tremblay, inspecteur général de l’Est du Canada.

Dans la plupart des domaines, les canadiens français étaient toutefois nettement minoritaires. Ainsi, aux bureaux du juge-avocat, ils n’étaient que deux sur 11; à ceux du chef de l’état-major, 18 sur 110, à ceux de l’adjudant général et du directeur général de l’armée de réserve, 18 sur 211, à ceux du quartier-maître général, 2 sur 47, à ceux du maître général de l’artillerie, 4 sur 149. Le major général Tremblay, quant à lui, n’était que l’un des six inspecteurs généraux de l’armée canadienne.

Aux bureaux du ministre et du sous-ministre, on retrouvait le major A. Lemay et le lieutenant J-C. Sarault. À ceux du juge-avocat général, le capitaine P.-L. Belcourt et le lieutenant O. Godbout.

Aux bureaux du chef de l’état-major, les lieutenants J.-P.-G. Dunn, J-G. C. Smiths,H. Champagne, R. Robichaud, Y. Guérin, C.-T. Veniot et C.L. Charbonneau, les capitaines R.-M. Séguin, L. Lamontagne, R. Duchesne et R. Ste-Marie, les majors A. Leduc, W.-A. Croteau, C.-E. Barrette, J. Lafontaine, Pierre Daviault et P. Bousquet et le colonel J.-H. Chaballe.

Aux bureaux de l’adjudant général et du directeur général de l’armée de réserve, les lieutenants M. Bordet, R.-G.M.-J. P)aules, C. Bernard, J. W. Drolet et J.-M. Poirier, les capitaines J.-E. Crows, L.-A. Duhamel, Y. Bernier, L,-C. Archambault, J. Martin et C.-E. Gernaey, les majors H,-D, Saint-Pierre, C.-E. Trépanier, C. Bouthillier et C. Lavigne, le lieutenant-colonel C.-L. Laurin et le colonel P.-A. Piuze. Aux bureaux du quartier-maître général, le major E. Desjardins et le brigadier général E.-J. Renault. Aux bureaux du maître général de l’artillerie, le lieutenant J.-P. Dorion, les capitaines W.-R. Pacaud et G.-A.-E. Couture et le brigadier général A. Thériault.

Le lieutenant-colonel J.-Gustave Raymond était, quant à lui, attaché au bureau des administrateurs des allocations aux personnes à charge.

Par ailleurs, certains officiers occupaient des fonctions vraiment militaires, bien qu’ils aient été soumis à une autorité autre que celle des forces armées. C’était notamment le cas du major général Léo-Richer LaFlèche, sous-ministre des Services nationaux de guerre, du brigadier général A. Thériault, directeur des arsenaux fédéraux, du lieutenant-colonel Henri Desrosiers, sous-ministre de la Défense nationale et du major Georges Benoît, directeur de la mobilisation ainsi que du capitaine G.-A.E. Couture, des arsenaux.

Le major général P.E. Leclerc, alors âgé de 49 ans, fier de ses origines françaises et parlant d’ailleurs l’anglais avec un léger accent français, était le premier Canadien français à commander une division, la 7e Division canadienne, dont la devise était efficacité et ardeur.

Engagé comme volontaire en 1915, Leclerc était simple sergent dans le corps des ingénieurs dans les Flandres, lorsqu’il gagna la Médaille militaire (M.M.) avec un détachement du 22e Bataillon (canadien-français). Il termina la Première Guerre mondiale avec le grade de capitaine.

Leclerc aimait rappeler qu’il avait commencé sa carrière militaire comme simple soldat dans le Génie et sa carrière civile comme simple apprenti électricien au salaire de 8 cents l’heure, ce qui ne l’avait pas empêché d’atteindre les plus hauts sommets.

À l’été 1940, Leclerc avait conduit la 5e Brigade d’infanterie de la 2e Division canadienne avec le grade de brigadier général. Il en resta le comandant pendant toute la période des menaces d’invasion du sol britannique par les Allemands, qui suivit la chute de Dunkerque.

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat