L’année 1945 en est une importante dans l’histoire militaire canadienne. C’est en effet un général canadien, le Lieutenant-général Charles Foulkes, qui le 5 mai 1945, accepta la reddition des armées allemandes en Hollande, que l’armée canadienne avait libérée presque à elle seule.

À l’automne 1944, la Première armée canadienne avait joué un rôle déterminant, à la frontière de la Belgique et la Hollande lors de la bataille de l’Escault, en permettant de libérer le port d’Anvers, situé à proximité de la frontière hollandaise. Cette bataille, du 1er octobre au 8 novembre 1944, causa d’énormes pertes à la Première armée canadienne. Pas moins de 6 367 Canadiens furent tués, blessés ou portés disparus.

C’est d’ailleurs au cours de cette mission que le Brigadier général Guy Gauvreau, qui commandait alors une brigade et son officier de renseignement, le Capitaine Maurice Gravel, ont sauté sur une mine et furent tous deux grièvement blessés.

Suite à cette bataille, les troupes canadiennes purent reprendre leur souffle jusqu’au 8 février 1945, alors que les Alliés, sous le commandement du Maréchal britannique Bernard Laird Montgomery, lancèrent une grande offensive, visant à repousser l’ennemi en Allemagne, au-delà du Rhin, afin de le vaincre définitivement.

La Première armée canadienne, commandée par le général Henry Crerar, devait avancer vers le sud-est, à partir de la saillie de Nimègue et nettoyer le passage entre le Rhin et la Meuse. Pour cette bataille, les troupes de Crerar furent renforcées de formations alliées d’autres pays et devinrent ainsi l’armée la plus importante qu’un général canadien n’ait jamais eu à commander. Il lui fallait nettoyer l’immense forêt de Reichswald, percer la ligne Siegfried, percer les lignes du Hochwald et converger vers le Rhin.

L’offensive fut précédée d’un effroyable bombardement aérien et d’artillerie des défenses ennemies. Les attaquants ne purent cependant avancer qu’avec effort. Le sol, couvert de boue, ralentissait la marche et les troupes durent quelquefois se frayer un chemin à travers un mètre d’eau.

Néanmoins, les défenses extérieures de la ligne Siegried s’écroulèrent et, plus loin vers la gauche, les « rats d’eau » de la 3e Division d’infanterie canadienne, devenus experts en opérations amphibies à la suite de la bataille de l’Escaut, traversèrent les terres inondées et gagnèrent considérablement de terrain. S’avançant ensuite à travers la forêt de pins du Reichwald et la campagne inondée, les soldats canadiens britanniques et canadiens enfoncèrent la célèbre ligne Siegfried, le 21 février 1945.

Il restait encore à prendre les formidables défenses de Hochwald et de Balberger pour atteindre le Rhin et entrer en Allemagne. La défense de Hochwald fut capturée au cours d’une terrible bataille où deux Canadiens, le Sergent Aubrey Cosens et le Major F. A. Tiston se méritèrent la Croix Victoria (V.C.) pour leur héroïsme et leur bravoure.

Le Major Tilson se mérita la Croix Victoria pour avoir dirigé personnellement sa compagnie au cours de l’attaque de la ligne de défense fortement fortifiée de la forêt de Hochwald. Malgré ses blessures, il continua avec courage à faire avancer ses hommes et les ravitailla de munitions. Il les amena à vider systématiquement les tranchées des forces allemandes qui résistaient férocement et il prit part à un violent corps à corps pour permettre à la division d’accomplir sa mission.

Major F.-A.Tiston, Victoria Cross (V.C.)

Major F.-A.Tiston, Victoria Cross (V.C.)

 

Le Sergent Cosens s’est mérité la Croix Victoria (V.C.) pour sa participation héroïque dans une bataille visant à repousser l’ennemi d’un petit village. Il assuma le commandement de son peloton et, sans aide, élimina les défenseurs allemands qui s’étaient réfugiés dans trois maisons de ferme. Il tua captura au moins une quarantaine de soldats allemands avant d’être abattu par un tireur embusqué.

Sergent Aubrey Cosens, Victoria Cross (V.C.)

Sergent Aubrey Cosens, Victoria Cross (V.C.)

Au cours de ce mois de bataille, la Première armée canadienne perdit 15 634 hommes (tués, blessés ou disparus), dont 5 304 Canadiens, mais réussit à contrôler les deux rives du Rhin, dernière ligne de défense importante des Allemands.

Le 23 mars 1945, les forces alliées, sous la direction du Maréchal Montgomery, se lancèrent à l’assaut au-delà du Rhin. Bien que la 1re Armée canadienne fut demeurée du côté hollandais, la 9e Brigade d’infanterie canadienne, qui servait sous commandement britannique, traversa et au cours de cette opération, un infirmier canadien, F. G. Topham, mérita la Croix Victoria (V.C.) pour l’héroïsme dont il avait fait preuve en portant secours à un blessé.

L’infirmier G. G. Topham, Victoria Cross (V.C.)

L’infirmier G. G. Topham, Victoria Cross (V.C.)

Le rôle de la 1re Armée canadienne au cours des derniers jours de la guerre fut de dégager la ligne de ravitaillement vers le nord, passant par Arnhem, puis de nettoyer le nord-est de la Hollande, la côte de l’Allemagne à l’est de l’Elbe et l’ouest de la Hollande.

La composition de la 1re Armée canadienne était maintenant davantage réellement canadienne puisque le 1er Corps canadien, qui avait participé à la libération de l’Italie à compter de l’été de 1943 ayant terminé sa mission venait d’arriver. Deux corps d’armée canadiens bataillaient donc côte à côte pour la première fois de l’histoire militaire canadienne. Le 2e Corps d’armée canadien avait pour mission de nettoyer le nord-est de la Hollande et la côte allemande et le 1er Corps d’armée canadien devait, quant à lui, déloger les Allemands encore dans l’ouest de la Hollande au nord de la Meuse. 

Le 2e Corps canadien marcha rapidement vers le nord et nos troupes, avançant à travers la Hollande furent accueillies par les explosions de joie du peuple hollandais maintenant libre.

À droite, la 4e Division blindée du Major général Volkes franchit le canal Twente et poursuivit sa marche pour capturer Almelo le 5 avril 1945, avant de bifurquer vers l’est pour se rendre en Allemagne.

Au centre, la 2e Division canadienne franchit le canal Shipbeck et avança presque en ligne droite vers Groningue, au nord de la Hollande, où elle arriva le 16 avril.

Sur le flanc gauche du Corps, la 3e Division canadienne avait pour mission de nettoyer la région adjacente à l’Ijssel et, après plusieurs jours de combat ardu, se rendit maître de Zutphen. Avançant ensuite pour prendre Deventer, Zwolle et Leewarden, elle atteignit la Mer du Nord le 18 avril 1945.

Les opérations du 2e Corps canadien s’étendirent ensuite de l’est de la Hollande jusqu’en Allemagne de l’Ouest. La 4e Division canadienne franchit la rivière Ems à Meppen et, avec la 1re Division blindée polonaise, mit ensuite le cap sur Emden, Wilhemshaven et Oldenbourg. La 3e Division canadienne s’attaqua ensuite à Emden tandis que la 2e Division canadienne avançait de Groningue jusqu’à la région d’Oldenbourg.

Dans l’ouest de la Hollande, le 1er Corps canadien, comprenant la 1re Division canadienne et la 5e Divsion canadienne, sous les ordres du Lieutenant général Charles Foulkes, libéra la région au nord de la Meuse. Dans cette région, abritant de grandes villes comme Amsterdam, Rotterdam et La Haye, les habitants avaient atteint la limite de leur endurance à la misère et à la faim apportées par le terrible hiver de 1945. Il ne restait plus une miette de pain, presque plus de combustible et à peu près aucun moyen de transport. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants périrent de faim et de froid lors de ce terrible hiver.

L’assaut sur Arnhem fut lancé le 12 avril et après deux jours d’intenses combats de maison en maison, la ville fut libérée. La 5e Division blindée canadienne poussa ensuite vers le nord en direction de l’Ijsselmeer, qui se trouvait à quelque cinquante kilomètres de distance, afin d’encercler l’ennemi qui était aux prises avec la 1re Division canadienne près d’Apeldoom qui fut enfin libérée le 17 avril 1945.

Les Allemands, qui occupaient l’ouest de la Hollande, avaient été repoussés jusqu’à une ligne, connue sous le nom de ligne Greebe, s’étendant approximativement de Wageningen jusqu’à la mer du Nord en passant par Amersfoort.  Une trêve fut déclarée et le 28 avril 1945, on cessa de combattre dans l’ouest de la Hollande.

La population put enfin recevoir du ravitaillement. Aucun pays de l’Europe de l’Ouest n’a été libéré à un moment aussi crucial. Les soldats canadiens, qui avaient si largement contribué à cette libération, furent acclamés et accueillis avec grande joie par la population locale.

Quelques jours plus tard, cerné par les Russes, Hitler se succéda à Berlin. La guerre prit fin une semaine plus tard.

Le 5 mai 1945, à Wageningen, le Lieutenant général Foulkes accepta la reddition de toutes les troupes allemandes en Hollande.

Pierre Vennat

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat