Colonel Fernand Mousseau. Un Québécois commande les F.F.I. à la libération de Paris

 

La population parisienne a toujours été fière de proclamer qu’elle s’était libérée seule, en août 1944, avec l’aide de la division blindée du général français Leclerc.
 
Ce que l’on sait moins, c’est qu’un officier des Fusiliers Mont-Royal, le colonel Fernand Mousseau, alors major et commandant de compagnie durant la campagne de Normandie, blessé et fait prisonnier et amené dans un hôpital de Paris, s’en est évadé, avec la complicité d’infirmières et a commandé des troupes des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.) durant l’insurrection victorieuse, au point de se mériter la Croix de Guerre française.
 
Une fois rendu à la rue, en effet, Mousseau, profitant de l’insurrection populaire, s’est rendu à la Préfecture de police, tout près, où acceuilli à bras ouvert, on lui confia le commandement de plusieurs éléments. Il fut le seul officier canadien (et un des rares non Français et non Américain) à combattre en uniforme durant ces jours historiques.
 
Il termina la guerre avec son régiment qu’il avait rejoint en Hollande, assuma plusieurs commandements par la suite et termina sa carrière militaire comme colonel. Il occupa également plusieurs postes importants dans la politique tant fédérale que québécoise.
 
Et en 2005, la France lui décerna, en plus de sa Croix de Guerre méritée 60 ans plus tard, la Légion d’Honneur à titre du seul Canadien à avoir participé directement à la libération de Paris.
 
On trouvera plus bas le texte que j’ai rédigé sur lui sur le site des Fusiliers Mont-Royal, son régiment d’origine.
 
Colonel Fernand Mousseau

Colonel Fernand Mousseau

Major aux Fusiliers Mont-Royal (FMR) durant la campagne de Normandie et jusqu’en Allemagne, il est un des rares Canadiens à avoir participé à la libération de Paris en août 1944. Il a ensuite été promu lieutenant-colonel. Il a commandé le Régiment de Hull avant d’être colonel honoraire des Fusiliers Mont-Royal. Fernand Mousseau a également connu une carrière remarquable dans la fonction publique, tant fédérale que québécoise et dans le monde des affaires.

Étudiant à l’Université d’Ottawa, Fernand Mousseau, originaire de Hull (maintenant Gatineau), avait débuté sa carrière militaire en 1940, au sein du Corps école des officiers canadiens de cette institution.
 
Promu lieutenant à Brockville, il fut attaché au camp d’entraînement des futurs cadets officiers, à Saint-Jérôme, puis à l’automne de 1942, il fut l’un des officiers désignés pour participer à la reconstruction des Fusiliers Mont-Royal, au lendemain du raid contre Dieppe.
 
D’abord commandant de peloton, avec le grade de lieutenant, il fut successivement promu capitaine puis major, lors de l’arrivée du régiment en France, en juillet 1944. Blessé lors de l’attaque contre Beauvoir-Trotteval, il fut fait prisonnier à Caen et transporté par les Allemands à l’Hôpital de la Pitié, à Paris.
 
De là, avec l’aide du réseau des infirmières, il s’échappa et rejoignit les Forces Françaises de l’Intérieur, où il prit charge d’un groupe opérant au cœur même de Paris. Son quartier général était situé à l’intérieur même de la Préfecture de police.
 
C’est ainsi qu’il participa à plusieurs opérations contre l’ennemi, avec mission de désorganiser les routes d’accès à Paris, ce qui lui valut d’être décoré de la Croix de Guerre avec Étoile d’argent par le gouvernement français.
 
Une fois Paris libéré, Mousseau retourna en Angleterre puis rejoignit les Fusiliers Mont-Royal aux frontières de la Belgique et de la Hollande. Commandant de compagnie, c’est lui qui commanda le contingent des F.M.R. qui firent partie du bataillon canadien qui occupa Berlin pendant quelques mois, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il devait revenir au pays en octobre 1945, en tant que commandant en second des F.M.R.
 
La guerre terminée, Mousseau devint gérant-général d’une firme de construction, tout en poursuivant ses études universitaires, interrompues par la guerre jusqu’à l’obtention du titre de comptable agréé. Parallèlement, il rejoignit la milice et fut nommé commandant du Régiment de Hull avec le grade de lieutenant-colonel.
 
Dans la vie civile, le colonel Mousseau fut tour à tour directeur général de la Commission scolaire régionale de l’Outaouais ; sous-ministre adjoint du ministère de la Fonction publique du Québec ; directeur général des politiques et de la planification des ressources à Transport Canada, président de la Chambre de commerce de Hull, président du Centre hospitalier régional de l’Outaouais, en plus d’être commandeur de l’Ordre militaire et hospitalier de St-Lazare de Jérusalem.
 
Lorsque Mousseau termina son mandat comme colonel honoraire, il n’accrocha toutefois pas son béret puisqu’il fut, durant les deux années suivantes, président du Club des officiers du régiment.
 
À l’automne de 2006, le colonel Mousseau devait se voir octroyer la Légion d’Honneur à titre de chevalier par le gouvernement français, qui voulait ainsi récompenser des vétérans de chaque régiment ayant participé à la libération de la France, soixante ans plus tôt.

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat