Par Pierre Vennat

La petite histoire a failli oublier le nom du premier militaire canadien-français mort dans l’invasion de la Normandie le 6 juin 1944.

Il s’agit du lieutenant parachutiste Philippe Rousseau, de Montmagny, membre du 1er Bataillon de parachutistes canadiens.

Le lieutenant parachutiste Philippe Rousseau, de Montmagny, membre du 1er régiment de parachutistes canadiens.

C’est son frère, le capitaine Maurice Rousseau, membre du même bataillon, qui annonça le décès du jeune officier à sa famille : «  À Gondeville-sur-Mer, près de Houidate, dans le département de Calvados, en Normandie, il y a une tombe où repose Philippe. Il y a aussi une croix dédiée « au premier Canadien français à mourir dans l’invasion pour la libération de la France ». La population lui a élevé cette croix et des fleurs sont déposées chaque jour par les ordres du maire. Un service lui fut chanté par le curé de l’endroit, et ceci sous l’occupation de la France par les Allemands. »

Membre d’une famille de 12 enfants, Philippe Rousseau, après avoir étudié au Collège militaire royal de Kingston était entré au Régiment de la Chaudière en 1942. C’est alors qu’il demanda son transfert dans le 1er Bataillon de parachutistes canadiens. Outre son frère Maurice, il comptait un autre frère officier, Bernard, capitaine du Régiment de Montmagny. Enfin, un autre de ses frères, Jacques Rousseau, était bien connu en tant que directeur du Jardin Botanique de Montréal.

Or, quelques semaines plus tard, en septembre, c’était au tour du lieutenant Maurice Rousseau de trouver la mort en accomplissant une mission derrière les lignes ennemies.

Ce n’est qu’en février 1945 que les autorités britanniques annoncèrent officiellement la mort au combat, plus de quatre mois plus tôt, du lieutenant Maurice Rousseau.

Descendu en Alsace, derrière les lignes allemandes, au début de septembre 1944, le lieutenant Maurice Rousseau put s’acquitter exactement de la tâche qui lui avait été confiée et que son commandant qualifia, dans un message de « Mission extremely well done ». Porté disparu un peu plus tard, puis présumé prisonnier et sans doute mort de ses blessures, il fut enterré dans un cimetière allemand à Avricourt, en Alsace.

Diplômé. Lui aussi,  du Collège militaire royal de Kingston en 1940, Maurice Rousseau était entré, la même année, comme lieutenant au Régiment de la Chaudière avec lequel il traversa en Angleterre. Promu capitaine, il avait demandé son admission dans le 1er Bataillon de parachutistes canadiens quand celui-ci fut établi comme bataillon autonome en 1943. Puis en septembre 1944, peu avant son décès, on l’avait transféré dans le Special Air Service britanique. En 1943, il avait épousé une jeune Anglaise outremer.

Le premier parachutiste canadien-français : Marcel Côté

C’est en août 1942 que le premier contingent de parachutistes canadiens, au nombre de 26, partit pour Fort Benning, en Georgie, pour y subir un entraînement intensif dans un camp ultra spécialisé de parachutistes américains.

À leur retour au pays, ces 26 hommes devaient constituer les cadres et instructeurs d’un détachement de parachutistes qu’on comptait entraîner au camp de Shilo, au Manitoba.

Parmi eux se trouvait le premier parachutiste canadien-français, le lieutenant Marcel Côté, de Montréal. Ancien membre du Corps-école d’officiers canadiens (COTC) de l’Université de Montréal et du 17e Hussards. Il s’était ensuite joint aux Fusiliers Mont-Royal avant d’être accepté  dans la nouvelle unité de parachutistes, au moment où il était instructeur au camp de Farnham.

Un autre francophone faisait partie du groupe, le capitaine H.-A. Fauquier, frère du commandant d’escadre Jean Fauquier, héros de l’aviation, dont les victoires aériennes ne se comptaient déjà plus.

Enfin, l’armée faisait savoir que deux frères canadiens-français, les frères Saint-Pierre de Saint-Hyacinthe, avaient failli faire partie du contingent envoyé à Fort-Benning, mais qu’on avait dû les écarter, étant donné qu’ils ne parlaient pas l’anglais couramment.

Le brigadier général E. G. Weeks, assistant-chef de l’état-major, annonça qu’une fois revenus les premiers instructeurs formés à Fort Benning et l’installation terminée au Manitoba, le tiers de l’effectif du 1er bataillon canadien de  parachutistes serait  composé de Canadiens-français et que le personnel d’instructeurs et d’officiers de l’unité serait bilingue.

Pierre Vennat

Ancien journaliste à La Presse durant une quarantaine d’années, il est aussi historien. Il a notamment publié une dizaine d’ouvrages dont Dollard Ménard. De Dieppe au référendum (Art Global, 2004), la trilogie Les Héros oubliés. L’histoire inédite des militaires canadiens-français de la Deuxième Guerre mondiale (Le Méridien, 1997-1998) et Dieppe n’aurait pas dû avoir lieu (Le Méridien, 1992).
Pierre Vennat